Merci MEDSI !

Pas de billet mensuel le dimanche 7 avril car nous avons vécu un moment émouvant… Billet dédié aux adhérents-participants de la rencontre du 9 avril dernier avec Stella, Benoit et les autres médecins de l’association MEDSI qui nous avaient conviés pour entendre la voix des patients. Enfin !

Je m’accroche à ce souvenir et aux nombreux bras de fer juridiques gagnés pour adoucir mes propos, sinon vous auriez droit à un billet d’humeur, de très mauvaise humeur…

Nos protégés seraient traversés d’une fragilité particulière… Traduction : ils y sont quand même pour beaucoup dans ce qui leur arrive… Je suis toujours étonnée de lire des propos d’une telle ignorance émanant de personnages aussi élevés dans la société… Petite mise au point.


« La souffrance au travail peut être liée à une fragilité individuelle »
Le sous-titre de l’article dans lequel un médecin psychiatre évoque les conditions de travail que de toute évidence il connait mal. Sa thèse : les entreprises ne sont pas prévues pour faire évoluer des personnes en difficulté (?!).

Soyons clairs : une entreprise n’est pas un centre de soins mais un lieu de création, de développement, doté d’une organisation qu’un dirigeant a le droit de choisir, ainsi que les collaborateurs. Mais ce même dirigeant n’a pas le droit de placardiser, de brutaliser, ni de modifier unilatéralement les termes d’un contrat de travail.

Par ailleurs, il est dans l’obligation de mettre des mesures en place pour préserver la santé et la sécurité de ses salariés.

Ces travailleurs soi-disant fragiles ont été recrutés, formés, choisis pour leurs compétences, leurs qualifications, leurs réalisations. Comment auraient-ils pu arriver à ces postes à responsabilités avec un tempérament « fragile » ?


« Cela réveille toujours une faille »
Autre perle entendue de la bouche d’une psychologue qui intervient en prévention du burnout. J’ai plutôt envie de préciser, en prévention du stress.

La dame insiste : « ce sont quand même tous des tempérament de battants ». Comment dire… oui, effectivement, quand on est fait le minimum, on ne risque pas la surchauffe !

Comment ces experts préventeurs sont-ils sélectionnés ? Connaissent-ils seulement nos métiers, nos contraintes professionnelles, les sollicitations intellectuelles auxquelles nous sommes soumis ? A priori non !

On peut exercer des métiers très prenants et ne pas faire du burnout, encore faut-il que certaines conditions soient réunies : que le poste ait été choisi, que les moyens nécessaires à l’atteinte des objectifs soient mis en place, que l’on soit en mesure de faire des pauses…

Alors peu importe si cela « réveille une faille » ou non (très peu de témoignages en ce sens), il est important de comprendre que le burnout est une constellation de symptômes qui apparaissent suite après une exposition prolongée à un stress chronique professionnel.

Les personnes touchées ne présentent pas de fragilité particulière. Nommées à des postes proches de la direction, elles ont vu leur rythme de vie professionnelle s’intensifier dans des proportions hors normes, sans qu’elles en soient à l’origine et sans qu’elles soient en mesure de trouver une issue (d’autant plus difficile si les symptômes sont déjà présents).


Apprendre à dire non
C’est l’une des grandes idées reçues sur le burnout ! Parfois, et c’est loin d’être une généralité, certains de nos protégés « avouent » qu’ils n’ont pas su dire non. Comme si le discours ambiant les avait contaminés, comme si cette déclaration était un moyen ultime de faire reconnaitre leur mal et d’être pris au sérieux.

Mais dire non à quoi ? Aux missions que l’on ne finit pas de leur confier, justement parce que ces travaux s’inscrivent dans le cadre de leur poste ou parce que, faute de ressources, on leur fait comprendre qu’ils sont les seuls à pouvoir assumer compte tenu de leur place dans l’organigramme etc…

J’évoquais cette question avec l’un des rares médecins psychiatres que je connais et en qui j’ai confiance. Il me répond ainsi : « demandez à un chat d’arrêter de jouer avec la souris, croyez-vous qu’il va vous écouter ? »…

Pas faux, d’ailleurs, les travailleurs qui ont dit non, alerté (alerte RPS, médecine du travail) ont eu droit « à des représailles »…

Pour ma part, je me contenterai d’ajouter qu’une victime de maltraitance professionnelle, quelle que soit l’origine, est avant tout un travailleur en état de subordination qui n’est pas en position de dénoncer, de dire non (la Loi admet qu’un salarié soit sous influence tant qu’il est lié à son employeur par un contrat de travail).


Merci MEDSI !
En France, en matière de prise en charge du burnout, il y a la médecine du travail, la psychiatrie et rien d’autre. La médecine du travail soigne le travail et la psychiatrie, discipline non scientifique, ne permet pas un diagnostic médical précoce et fiable (un article si le sujet vous intéresse).

Rappelons que la pathologie burnout est caractérisée par des symptômes d’abord très physiques alors que les soi-disants signes couramment énoncés sont une suite de circonstances, de causes mais ne constituent pas un diagnostic. Ou bien il s’agit des symptômes de la phase de l’effondrement qui arrivent après plusieurs mois ou années alors que le burnout aurait pu être évité.

Ce syndrome complexe affecte tous les aspects de notre vie et mérite une approche nouvelle et pluridisciplinaire. Nous pensons qu’il est urgent de montrer d’autres voies et de former les médecins. Je rappelle que le burnout est enseigné dans les écoles de commerce mais n’a toujours pas fait son entrée en faculté de médecine.

Alors quand nous avons été contactés par MEDSI, nous n’avons pas hésité. Ces jeunes médecins et étudiants en médecine souhaitaient nous rencontrer pour écouter nos adhérents, mieux comprendre le syndrome et leurs attentes. Un partage fort, émouvant et unique !

Un grand merci à l’association MEDSI dont les membres cherchent à sortir des sentiers battus pour proposer des alternatives aux influences dominantes.

Merci pour votre attention et rendez-vous dans un mois environ.

Si vous voulez nous rejoindre ou nous soutenir, surtout prenez bien connaissance de notre projet, de nos statuts avant de vous rendre sur notre page Adhésion ou sur la page Dons.

Un grand merci à vous tous !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 23 avril 2017.
Mise à jour de 
l’introduction le 21 mai 2017.