Phénix

afbo-temoinsEn vous souhaitant à tous une excellente année 2017, je vous invite à écouter le douloureux chant de Phénix, à qui nous donnons la priorité en ce début d’année. L’une des rares fonctionnaire à témoigner dans nos rangs.

Ce récit pourrait être dédié à tous ceux qui pensent que les malades du burnout sont des travailleurs qui ne savent pas dire « non »…

Le prochain billet sera diffusé le dimanche 29 janvier puisque la fréquence de publication devient désormais mensuelle.

Dans cette attente, je vous remercie d’accueillir ce nouveau témoignage avec bienveillance et respect.

Bonjour, je m’appelle Phoenix.

En 2014, j’ai eu un burnout suivi peu après d’une perte de connaissance de quelques secondes. Transportée par les pompiers à l’hôpital, à la demande de ma hiérarchie, je suis restée deux mois en arrêt maladie. C’est avec ma mutuelle que j’ai payé les frais et les soins, mon employeur n’ayant pas eu la décence de m’envoyer à l’hôpital les papiers « accident de service ». Pourtant, ils connaissaient très bien la procédure. De retour au travail, après un semblant d’accueil « compréhensif » et des missions destinées à me « ré-acclimater », j’ai dû tenir tête pendant trois ans à une hiérarchie rigide, malveillante et méprisante. Le burnout a laissé la place au harcèlement moral, dans l’indifférence et le manque de solidarité du collectif auquel j’appartenais.

Je suis fonctionnaire territoriale. Titulaire depuis trois ans, après avoir « ramé » avec des petits contrats de 3 mois pendant 6 ans. Lorsque j’ai eu mon burnout, je travaillais dans le secrétariat d’un important service d’archives. Nous étions 4 secrétaires à plein temps, vu les constantes sollicitations de la part des usagers.

Nos missions étaient nombreuses : enregistrement et distribution du courrier, gestion de la boîte mails (orientation des mails arrivés vers les services concernés et envoi des réponses électroniques et des pièces jointes), édition de nombreuses bordereaux d’envoi, mise en page et impressions des lettres de réponse (et leur suivi pour signature des chefs de service et des directeurs), ordres de mission, accueil téléphonique…

Suite au départ à la retraite de deux secrétaires et le soudain arrêt longue maladie de la 3ème, je me suis retrouvée seule en 2014. Le directeur est parti pour un poste jugé plus intéressant, tandis que mon chef de service fût muté pour des raisons disciplinaires. Amusant, n’est-ce pas ? Oui, on s’amuse souvent dans la fonction publique. J’ajoute que nous étions aussi à quelques mois d’un déménagement dans un bâtiment neuf, mieux adapté.

Bref, lorsqu’un directeur adjoint par intérim est arrivé, pour assurer le management du secrétariat ( ? avec une seule secrétaire !), je suis allée le voir. Je lui ai exposé la situation. Il a chargé une autre personne uniquement de la gestion de la boîte générique de mails. Il me restait toutes les autres missions. Un collègue, qui s’occupait de la communication interne, est allé se « mettre sous son aile ». Il réussira à se faire nommer chef de service avant la fin de l’année. L’arrivée d’une contractuelle « en renfort » ne va rien changer à ma charge de travail. En quelques jours, nous pouvions recevoir plusieurs dizaines de demandes de copies diverses. Et ce n’était qu’une partie du travail. L’arrivée d’une assistante de direction et, enfin, du nouveau directeur n’ont apporté aucune amélioration dans mes journées très chargées.

Pire, le collègue « communication » m’a discréditée, me présentant comme une « rouspéteuse pour rien », « elle en a pour une demi-heure à tout claquer ». Il a pris pour la forme en charge une mission « sympa » en se disant « débordé », « vous comprenez, j’aide Phoenix qui n’arrête pas de se plaindre ». Son « débordement » consistait en quelques clics pour enregistrer les arrêts maladies sur un tableau.

Je vous épargne les semaines qui ont précédé le déménagement. Je précise simplement que ces trois incorrects (l’adjoint au directeur, « le communicant interne » et la contractuelle) se sont installés dans les nouveaux bureaux bien avant tout le monde. Très en forme, ils revenaient vers midi dans le bâtiment délabré en me disant « n’oublie pas de traiter aussi les fax, et surtout, il va falloir que tu te décides à préparer tes cartons, nous, on va prendre l’apéro, nous avons couru toute la journée ». J’ai demandé où ils avaient couru, ils m’ont répondu que ce n’étaient pas mes affaires.

J’arrive dans le nouveau bâtiment, mon bureau était rempli jusqu’au plafond de cartons : dossiers divers, fournitures, ordinateurs, etc. Je demande à un collègue pourquoi on n’avait pas mis ces cartons dehors, dans les couloirs, il répond que l’ordre venait de l’adjoint. Avec le collectif, j’ai aidé au déballage et au rangement. A côté, la contractuelle mangeait des graines de tournesol et donnait des ordres aux magasiniers. Au prix de gros efforts, j’avais fini tout le travail dans l’ancien bâtiment, mes collègues constataient en silence cet état de choses. Je ne dormais déjà plus que deux heures par nuit, je me réveillais avec des palpitations et des maux de tête, parfois mes doigts tremblaient.

Désormais, un rituel s’était mis en place : le trio passait son temps à bavarder, à se restaurer deux heures dans la cuisine. Parfois, ils partaient acheter du café pour les déménageurs, toute la journée. Quelques collègues ont participé à cette comédie humaine en prenant soin de faire semblant de travailler quand le directeur, imbu de sa personne, débarquait dans les couloirs. J’ai alerté la médecine du travail, le psychologue, les syndicats, l’assistante sociale. Pendant une semaine, la contractuelle s’est absentée. Sans aucun justificatif. Puis, une autre semaine. Tout le monde faisait semblant de croire que nous étions bien deux secrétaires à se partager les missions.

J’ai sollicité par mail, auprès de l’adjoint, un entretien auprès du directeur. Avec « la com » à sa gauche et la contractuelle à sa droite, il m’a dit « si vous ne restez pas à votre place, vous allez vous ramasser, le directeur ne vous écoutera pas ».

Après mon arrêt maladie, diagnostiqué « burnout » par mon médecin, j’ai parlé au directeur. Il m’a hurlé qu’il est au courant que je crée des problèmes alors que les « 3 » sont d’une efficacité remarquable ; il m’a envoyé un avertissement écrit me reprochant une petite erreur d’envoi d’un courrier. Il n’a rien voulu entendre de mes alertes. D’où une nouvelle absence d’une semaine de la contractuelle. Suivie d’une réunion, la seule de l’année, où l’adjoint m’a informée que j’allais devoir reprendre la boîte mails et qu’il va laisser le collègue de la communication au pouvoir, à sa place. Je leur ai envoyé un mail qu’ils ont jugé outrancier et m’ont menacée de demander ma révocation. Je leur signifiais leur manque de respect, leur fainéantise, les mensonges débités au directeur concernant mon travail, le manque d’investissement de la contractuelle (qui faisait tranquillement des achats de produits sur Internet en vue de son départ hors métropole). J’ai lancé un jour un appel au secours à la médecine du travail ; la réponse allait venir l’après-midi mais je ne pouvais plus la consulter. En allant dans la matinée vers une salle de réunion, j’ai eu un voile noir brusquement, j’ai senti mes genoux flécher et je me suis évanouie. Le registre des incidents a consigné l’événement. Pendant que j’étais à l’hôpital, la contractuelle a fait ses adieux, suivis de cordiales félicitations du directeur pour le travail accompli.

Les événements m’ont marquée. Après le burnout, j’ai subi le harcèlement de ma hiérarchie (lettres de discrédit envoyées au directeur général, compte rendus mensongers, refus d’avancement, missions retirées, rapport pour demander des sanctions disciplinaires,…). J’ai sollicité et obtenu une mobilité en urgence, dans un service où, pour le moment, les gens ne se tirent pas dans les pattes.

Malgré les deux ans passés, j’ai encore des nuits courtes, parfois des palpitations et des vertiges. Les fonctionnaires territoriaux ne sont pas des privilégiés, ils ont, certes, la sécurité de l’emploi. Mais la souffrance au travail est une triste réalité. Burnout, harcèlement, suicide, dépression, font partie de notre quotidien. Je n’ai jamais été suivie après mon burnout. Nous n’avons plus des psychologues, l’assistante sociale est partie après seulement 3 ans… le médecin du travail a craqué… Je m’en sors grâce à ma famille et mes amis. Je suis cassée, mais je sens que j’avance. Je reprends confiance et goût à la vie !

 

Phénix
Publié le 2 janvier 2017.