50 nuances de blues

La prochaine fois, je laisserai la parole à l’un de nos protégés, dans une nouvelle catégorie « Témoignages ». Dans l’attente, je dédie ce billet à mon témoin de ce matin dont je ne peux même pas citer les initiales.

Mal nommer ou ne pas nommer les choses, ça peut faire mal. La première des reconnaissances n’est-elle pas de mettre un nom sur la maladie ? Comme un premier pas vers une guérison, un chemin à emprunter, quelqu’un vers qui se diriger.

AFBO-burned downC’est ce qui m’a manqué à l’époque. Pas de diagnostic, donc pas de recul sur cette « chose » (combien de temps ça dure ? quel traitement prendre ? quel spécialiste consulter quand on a les muscles « en feu », que l’on dort énormément alors qu’on a des projets plein la tête ? à quel moment je recherche un nouveau travail ?).

Je ne savais pas que ce serait une bonne chose pour moi. Mais qu’en est-il pour vous aujourd’hui ? J’ai souvent pensé à vous hier soir en regardant l’excellent documentaire sur Arte : Dépression, une épidémie mondiale.

La dépression fait l’objet d’un arbre décisionnel qui permet donc aux médecins de diagnostiquer cette maladie, qui se soigne d’autant mieux qu’elle peut être identifiée précocement.

Il existe un arbre décisionnel de la dépression chez le sujet âgé. J’imagine donc que les symptômes diffèrent chez les adolescents ou chez une femme souffrant de dépression post-partum.

Et la maladie professionnelle « burnout » dans tout ça ? Je ne suis pas médecin mais je peux vous dire que nos protégés ont des projets, réfléchissent à une reconversion, à des cours en ligne, à la création d’une entreprise. Je n’entends pas, je ne lis pas les signes distinctifs de la dépression : faible estime de soi, désespoir, sentiment d’impuissance etc… (symptômes que seul un médecin compétent peut observer dans la durée).

Le plus souvent, ils parlent à un professionnel avec lequel, la plupart du temps, ils se sentent écoutés (mais pas toujours).

Pourtant, deux ans après, parfois plus, ils sont toujours sous antidépresseur et/ou anxiolytique. Ils se sentent empêchés par cette fatigue, cette lenteur. Mais est-elle due au « burnout » ou aux traitements ? Lorsque je leur demande pourquoi ils sont toujours sous traitements, ils peinent à répondre ou me disent qu’ils ont peur d’arrêter.

Je pensais à vos témoignages hier soir, autant de vies suspendues. Et puis, à un moment donné, le Professeur Allen Frances (1) évoqua la question cruciale du bon diagnostic et de l’importance de former une communauté : « ce qui était inexplicable peut maintenant être expliqué », « on trouve une communauté de gens qui a vécu la même chose » (…), « on surmédicalise des gens parfaitement normaux ».

AFBO-Under pressureLes témoignages qui nous parviennent, tous aussi émouvants les uns que les autres, laissent apparaître un large spectre de souffrance : anxiété ou peur générés par des comportements malveillants et répétés, découragement devant le combat administratif, déprime, épuisement professionnel ou effondrement du « burnout ».

Toutes ces « nuances » sont réactionnelles et consécutives à une situation professionnelle intenable. Mais toutes ces variations méritent-elles la prescription systématique de psychotropes ?

Je continuerai de poser la question et m’obstinerai à trouver les experts qui nous aideront à mettre en place un parcours de soins adapté, à ouvrir une consultation spécifique. A ce titre, nous venons de recevoir un soutien inattendu mais je vous en informerai plus tard.

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Je vous laisse regarder le reportage, vous vous ferez une opinion. Peut-être serez vous convaincus de rejoindre notre communauté pour que « ce qui n’est pas encore explicable, devienne explicable ». Learning not burning !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 25 mars 2015.

 

(1) Médecin psychiatre américain ayant dénoncé les dérives du DSM, le manuel de diagnostic des psychiatres (intervention environ 32 minutes après le début du reportage).