Bienveillance au vitriol

Billet dédié à tous nos adhérents et à nos premiers bénévoles.
Comment faut-il le dire ? Comment faire entendre notre voix ? J’avoue que parfois je doute. À l’heure où certains s’interrogent sur la menace qui pèse sur la liberté d’expression en France, je peux vous assurer qu’aucune censure ne menace les prophètes de malheur qui surfent sur la vague lucrative du burnout

Bienveillance
Ils n’ont que ce mot là à la bouche, comme une caution infaillible qui permettrait tous les écarts, toutes les facilités de langage ?

Ce mot, aujourd’hui si galvaudé, signifie pourtant « vouloir le bien des autres » (bene volens). Ne l’oublions pas !

Au passage, ce petit rappel me permet d’exprimer, une fois encore, toute ma gratitude à nos adhérents et à tous les témoins (près de 1 100 à ce jour) qui nous ont soutenus et fait confiance.

Préjugés
Le week-end dernier, alors que je suivais l’actualité de mes proches sur un réseau social bien connu, mon attention est soudain attirée par un billet, un de plus, qui évoque notre syndrome.

Son auteur explique qu’elle accompagne les personnes ayant été touchées par le burnout par des séances visant à améliorer le relationnel (je résume). Il est encore question de surinvestissement, d’amour du travail. Un florilège de propos stigmatisants ne reposant sur aucune étude scientifique.

L’argument de ces experts auto-proclamés est toujours le même : *comment expliquer que diverses personnes travaillant le même nombre d’heures, avec les mêmes pressions réagissent différemment ?

Si je comprends bien, dans un même service, tous les travailleurs sont tous sollicités de la même façon ? Eh bien non ! Ont-ils tous la même résistance physiologique ? Non ?

Mais il est bien plus facile de réduire le burnout à une question « psy » et d’évoquer encore la relation au père, l’absence de vie extra-professionnelle et tout un tas d’autres foutaises !

Prétendant imposer le bien, ces individus stigmatisent et imposent surtout leurs préjugés.

Réseau d’entraide
Il y a des choses qui ne se décrètent pas ! Nous avons mis en place un réseau informel de bienveillance et d’entraide. Un proche, un ancien malade, peuvent nous recommander le professionnel qui les a accompagnés en toute bienveillance et avec efficacité.

Le burnout est une maladie, bien réelle, très physique au départ, une constellation de symptômes susceptibles de devenir des séquelles incapacitantes.

Alors cessez de réduire le mal-être au travail à une question psy ! Je ne vous donnerai qu’un exemple, assez flagrant des risques de passer à côté d’un diagnostic médical. Une femme me fait part en ligne de ces symptômes et me demande s’il s’agit d’un burnout.

Elle souffre de douleurs à la poitrine, elle a raconté son histoire à son médecin (sa hiérarchie la submerge de travail, elle n’en peut plus) qui lui prescrit des anxiolytiques en lui expliquant que c’est le stress, que ça va passer.

Elle m’écrit parce que ça ne passe pas et parce qu’elle a été interpelée par les informations sur notre site. Je lui explique qu’elle doit se rendre immédiatement chez son médecin pour lui indiquer que ses douleurs thoraciques empirent et que le traitement n’a rien apporté. Quelques semaines plus tard, elle m’apprend qu’elle a été admise dans un service cardiologie après un incident cardiaque.

Diagnostic médical
La formation des médecins, la recherche médicale pour mieux comprendre le burnout sont nos missions principales.

Au risque de me répéter, les questionnaires remis par des services de ressources humaines, des psychologues sont un repère mais ne constituent pas un diagnostic médical. En dehors de nos frontières, ces questionnaires sont mêmes assez controversés : ils ne reposent sur aucun fondement scientifique, se basent sur le ressenti de la personne interrogée. Dès lors, comment distinguer un « ras-le-bol » professionnel d’un burnout naissant ?

Savoir dire non !
Pour en revenir à leur argument de choc*, sachez que dans un même service, où collaborent divers professionnels, tous n’ont pas la même ancienneté, la même formation ou compétences acquises dans le domaine ou dans cette même entreprise.

Exemple assez classique : le chef de service est en déplacement et a besoin d’une information, il doit passer au comité de direction et doit vérifier un point de dernière minute… à qui s’adresse-t-il à votre avis ? Toujours au même collaborateur en qui il a confiance car il est fiable.

Cela peut durer des années sans aucun problème, dès lors que ce collaborateur est récompensé pour sa fiabilité (on lui alloue des moyens, on améliore ses conditions de travail, il reçoit une augmentation etc…).

Le problème ne vient pas d’une soi-disant incapacité à savoir dire non (ils le savent bien au contraire), ce qui fait le lit de la maladie c’est une maltraitance professionnelle aux contours bien multiples…

Ces experts, qui, de toute évidence, ne connaissent ni nos métiers ni nos conditions de travail, oublient simplement que c’est le contrat de travail qui dessine le périmètre dans lequel il est possible de dire non ou pas ! Nous y reviendrons.

Merci à tous pour vos témoignages et vos soutiens ! Vous pouvez nous rejoindre en adhérant sur cette page et nous contacter ici (bien lire le préambule avant de nous joindre).

Auteur : Léa Riposa
Publié le 12 novembre 2017