Burnout politique

AFBO-VisagesÀ Marie-Laure.

J’avais prévu d’écrire cette semaine sur le « burnout » du dirigeant et sur le difficile parcours de ces personnes qui ne bénéficient d’aucun régime de protection. Mais une fois encore, ce sont vos témoignages qui en ont décidé autrement.

Cette semaine plusieurs d’entre eux convergent dans le même sens, comme écrits d’une seule et même plume. J’entends et je lis à la fois la solitude et le désarroi des cadres et pressens déjà l’écho de leur traumatisme à venir, si l’on n’agit pas au plus vite.

Au même moment, je découvre un article de presse montrant, l’air conquérant, l’un de nos députés tel le chevalier blanc, s’emparer de notre maladie et de notre destin. Mais de quel droit au fait ? Que sait – il de notre communauté ?

« Burnout », de quoi parle-t-on ?
J’ai découvert avec vos témoignages (vous êtes très nombreux à nous écrire depuis près d’un an) le vaste spectre de l’épuisement professionnel de l’anxiété la plus tenace, celle qui vous cloue sur place jusqu’à l’effondrement très particulier du « burnout », un processus sournois qui met plusieurs années avant de vous mettre K.O. pour longtemps.

Ce qui me frappe avant tout, c’est votre niveau de qualification et de professionnalisme : cadres proches de la direction, chefs de services, experts dans votre domaine, vous avez été recrutés justement pour vos compétences.

Vous n’êtes pas sur-engagés, non, vous êtes des collaborateurs professionnels, vous essayez d’exercer au mieux le métier que vous avez choisi. Souvent avec peu de moyens et/ou peu d’écoute de la part de votre hiérarchie, vous mettez votre talent au service d’une organisation que vous ne reconnaissez plus.

Vous parlez qualité et réalisations et on vous répond contrôles et tableau excel !
Mais il en faut plus pour que le processus du « burnout » vous contamine comme un poison lent.


Moins d’affect, moins de « psy » et plus de travail

En novembre dernier, un journaliste me demandait pourquoi certains salariés tombaient malades et pas d’autres. J’ai tenté de lui parler de psychomotivation et des ressources physiques et intellectuelles propres à chaque individu.

Mais en vous lisant avec attention et en écoutant l’avis d’un médecin psychiatre (qui ne soigne que par la parole), la situation s’éclaircit. Ce médecin m’explique que certaines situations professionnelles et particulièrement certains comportements réveillent des choses lointaines et personnelles.

AFBO-EffondrementÀ quelques exceptions près (1), force est de constater que vous êtes, en grande majorité, confrontés à des comportements et un langage peu professionnels. Certains parmi vous sont dans l’obligation de présenter les chiffres attendus par la direction générale (conflit d’éthique !), d’autres sont confrontés à des pressions et/ou violences inouïes qui n’ont pas leur place sur un lieu de travail.

Vous ne souhaitiez que bien faire votre travail et exercer vos talents. Votre hiérarchie, votre employeur le savent bien, en ont abusé et vous ont usé jusqu’à la corde. Le cocktail toxique : surcharge de travail, manque de reconnaissance, malveillance manifeste, parfois long trajet et même conflit d’éthique. Qui résiste à ça ? La maladie devient une double peine.

La prévention des risques psychosociaux est une discipline qui me semble empiéter sur le territoire du droit et sur celui de la médecine, sans que son efficacité soit clairement établie (2).

Certains de ces experts (3) souhaitent même réintroduire des notions médicales en entreprise. D’autres militent pour étendre les plans de prévention à toutes les entreprises et pas seulement à celles de plus de 1000 salariés.

Je suis peut-être dans l’erreur mais il me semble qu’un lieu de travail n’est ni un centre de soins ni une zone de non-droit. En revanche, moins d’affect, moins de contrôles, plus de réalisations et de travail bien fait contribueraient à l’accomplissement et à la performance de chacun.


AFBO-fistBurnout politique

Alors je continue d’être mal à l’aise et inquiète de voir que ces habiles acteurs de la prévention des RPS ont réussi à dissoudre le « burnout » dans les maladies psychiques à la faveur du débat sur la reconnaissance de la maladie professionnelle :
le « burnout » et les autres formes de l’épuisement professionnel ne sont pas des maladies psychiques à la base,

– cette idée reçue est dangereuse et fait de nos protégés des patients psychiatriques, à tort,

– l’introduction d’une pathologie aux tableaux des maladies professionnelles annexés au Code de la Sécurité Sociale permet d‘établir une présomption d’origine professionnelle de la maladie,

– mais cela ne suffit pas, même inscrite aux tableaux des maladies professionnelles, il reviendra au travailleur en souffrance de prouver le lien causal, direct et unique entre sa maladie et le travail habituellement exercé.

Si je résume, après avoir été médiatique, le « burnout » devient politique, la récupération n’a donc pas de limite. Quant aux colloques, l’agenda de la rentrée est chargé convoquant sociologues, politiques… peut-être parfois quelques témoins triés sur le volet.

Mais toujours pas de recherche médicale ni d’études scientifiques en vue (même si nous y travaillons activement mais discrètement). On m’explique calmement que ce problème de santé publique reste coincé au Ministère du Travail !

AFBO-visibilté BODans de telles conditions, comment prendre au sérieux les malades et leur souffrance ?

À propos de politique, je lisais récemment dans un magazine féminin qu’une ancienne ministre a failli faire un « burnout » il y a quelques années : « (…) le dimanche, elle se levait à l’aube, allait à la messe, faisait une heure de marche sur tapis roulant, distribuait des tracts tout en discutant des dossiers eu téléphone ».

Nos protégés, eux, ne se sentent pas des surhommes, ils veulent juste bien faire leur travail et retrouver leur vie d’avant ou au moins une vie normale.

Sachez que l’AFBO est la première et la seule association dédiée aux victimes du « burnout » et des maladies de l’épuisement. Nos activités sont non lucratives et nos motivations non financières. Méfiez-vous donc des associations fictives ou qui cacheraient des intérêts occultes.

N’hésitez donc pas à nous écrire, à réagir (contact), à nous soutenir ou à nous suivre sur Twitter (@AssoBurnOut).

Merci à tous nos témoins et à nos soutiens !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 20 septembre 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.

 

(1) Nous recensons quelques cas de « burnout » sans conflit employeur mais diagnostiqués tardivement.
(2) Pour la première fois, la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études, et des statistiques) doit rendre un rapport complet sur les risques psychosociaux, rapport commandé par le ministère du Travail.
(3) Il existe 2 écoles de prévention des RPS, l’une s’attache à l’organisation du travail, l’autre « médicale », est celle que j’évoque ici.