Des tas d’urgence

À l’initiative de l’un de nos protégés (qui a pris l’initiative de contacter un élu pour lui indiquer que les termes de sa question formulée au Sénat ne reflétaient pas notre réalité), je découvre qu’effectivement, les éléments exposés au Sénat en 2014 méritent qu’on y apporte notre éclairage.

Certes, la question date de 2014 et nous avons depuis contribué à faire connaître le syndrome d’épuisement professionnel et à aider de nombreuses personnes touchées, nous avons même été auditionnés par le Sénat en juillet 2017 mais je ne résiste pas à l’envie de rétablir certains faits.

L’enjeu est majeur pour les malades et leurs familles, il est donc important de ne pas nous laisser en périphérie du débat. C’est d’ailleurs bien l’intention de cet élu qui souhaite s’entretenir avec nous pour mieux comprendre nos attentes.

Je me permets donc de pointer les éléments qui m’ont fait « bouillir » tant ils me font penser à la loghorrée du « burnout » :

L’enquête
Une fois encore, il est fait référence à la fameuse étude qui révèle que nous serions 3 millions de travailleurs à être en risque de burnout (il m’arrive de citer son auteur en l’affublant du surnom de « désastrologue » …).

Une fois pour toutes, sachez qu’une étude en ligne auprès de 1000 travailleurs d’horizons très divers n’a absolument rien de scientifique et ne constitue pas une étude épidémiologique.

Le taux d’IPP à 25%
Ce serait donc ça la solution ! Certes, diminuer ce taux à 10% serait une amélioration mais ce serait loin d’être la panacée… Le problème de fond c’est que le « burnout » n’est présent dans aucune nomenclature officielle des maladies.

Conséquence : pas de formation des médecins, difficulté à poser un diagnostic, pas de prise en charge adaptée et difficulté de reconnaissance de la part des médecins des comités (lire ce précédent billet Vertiges rotatoires ou bien des réponses hallucinantes de la CPAM dans Caractériser la maladie).

La définition
Histoire de bien nourrir la confusion, plusieurs définition sont citées dans la question de ce député, dépression d’épuisement professionnel, état d’anxiété, état de stress. Je ne suis pas médecin mais il me semble que l’on a affaire à 3 pathologies distinctes.
Pourquoi se perdre en innovations sémantiques alors que « burnout », pourrait être repris comme n’importe quel autre anglicisme ? (les anglo-saxons disent « occupational burnout », burnout professionnel).

Cliniquement identifié
Un médecin et proche m’explique qu’un examen clinique est ce qu’il y a de plus basique en matière d’examen du patient. Compte tenu des nombreux patients que l’on a laissé dériver pendant des mois, force est de constater que cet examen est loin d’être suffisant et que justement, le burnout est encore aujourd’hui difficilement repérable.

Le retard en matière de prévention des RPS
J’ai gardé le meilleur pour la fin (mes fidèles lecteurs comprendront) ! La solution miracle pour lutter conter le « burnout » serait donc de généraliser à toutes les entreprises les plans de prévention des RPS, une manne pour les cabinets de prévention !

Non, la vérité est ailleurs et dans cette cacophonie, on s’accroche. J’ai commencé à lire avec la plus grande attention les réponses de nos adhérents à notre grande enquête sur le « burnout » (critériologie, prise en charge, prévention).

Il est clair que la solution ne réside pas dans des plans théoriques de prévention mais dans la co-construction avec les médecins. Notre ambition est d’offrir une approche pluri-disciplinaire du « burnout » qui intégrerait des données biologiques, physiologiques, neurologiques.

Nous veillerons à faire évoluer les choses et dans l’attente, dès cette fin d’année, nous allons explorer des voies de prises en charges non médicamenteuses et par la même occasion nous professionnaliser et créer des postes de bénévoles car oui, il y a des tas d’urgence pour nous tous !

Si vous voulez nous rejoindre et nous soutenir, veillez à lire avec attention notre projets, nos statuts et notre Code éthique. Adhérer à l’AFBO n’est pas anodin, il faudra vous engager !

Merci à vous tous et à nos soutiens sur Twitter @AssoBurnOut !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 27 août 2017