Dommages et préjudices

AFBO-lawLa semaine du 16 février 2016 a été riche en propos stigmatisants et culpabilisants pour les personnes touchées par le burnout et les autres formes de l’épuisement professionnel.

En tête, le nouveau dircom du désastrologue en chef (1) qui nous a éparpillés façon puzzle (« le taux d’IPP à 25%, c’est un bras coupé, un œil arraché, c’est beaucoup trop ! »), comme dans cette interview, une parmi d’autres, dans laquelle il s’emmêle les pinceaux… Son concurrent historique ne nous a pas épargnés non plus, lors d’une conférence de presse à l’Académie Nationale de Médecine (je le sais, j’y étais).

Notre maladie devient une statistique, un simple pourcentage, un objet d’étude pour experts en tous genres. J’en ai la nausée !

Petite mise au point…

Le burnout, un concept flou
C’est ce que répètent à l’envi les parasites du « burnout », l’argument n’est pas valable à mes yeux. Sachez qu’il existe d’autres syndromes (mais beaucoup moins vendeurs) qui ont fait l’objet de travaux visant le repérage diagnostique, alors pourquoi pas le « burnout » comme nous le réclamons à Madame Marisol Touraine depuis plus d’un an ? à AFBO-Lettre MTouraine-31 12 14

Non, le « burnout » n’a rien de flou, c’est une maladie très physique, un processus de dégradation d’un état de santé autant qu’un état de santé à l’instant « t ».

En dehors de nos frontières, cette maladie du stress fait l’objet de nombreuses études médicales visant à élaborer un repérage diagnostic. Ou bien, en l’absence de définition officielle, les médecins procèdent à un diagnostic différentiel, en écartant les risques de dépression ou de tout autre maladies présentes dans les nomenclatures officielles.


Reconnaissance de la maladie professionnelle

AFBO-tabletsLes défenseurs du caractère professionnel du « burnout » dénoncent l’absence de maladies psychiques aux tableaux des maladies professionnelles, certes, mais à la base, le « burnout » n’est pas une pathologie mentale. C’est l’errance diagnostique qui pousse à la psychiatrisation facile des malades.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, n’hésitez pas à vous rendre ici.


Des salariés surinvestis

STOP ! Soyons clair, un salarié qui respecte à la lettre les heures inscrites dans son contrat de travail, qui n’est pas exposé (responsabilités managériales mais pas que, prise de décision, pénibilité intellectuelle) et qui ne se sent pas engagé envers son employeur, ne risque pas d’être en surchauffe.

Le « burnout » survient effectivement aux travailleurs qui occupent des postes à responsabilités et qui ont décidé de leurs études et de leur carrière mais qui, à un moment donné, leur parcours professionnel a été brutalement modifié, au point de porter atteinte à leur santé physique et parfois psychique.

En revanche, le sur-engagement a fait l’objet d’une observation qui reste une référence en la matière, dont les conclusions ont montré qu’il s’agit d’un phénomène marginal, comme nous le constatons à l’AFBO (3 cas sur plusieurs centaines de témoins).


Des entreprises qui se défaussent

CelebrationÀ l’AFBO, nous considérons l’entreprise comme un lieu de création et le travail comme source d’épanouissement. Nos adhérents sont pour la plupart des cadres proches de la direction.

Nous avons du mal à faire l’amalgame entre l’entreprise et certains managers-voyous qui méritent d’être sanctionnés.

Les entreprises se défaussent-elles, sont-elles dans le déni ? Je ne peux pas répondre à cette question, mais une entreprise n’est ni un centre de soins, ni une zone de non-droit. Pour en avoir le cœur net, il faudrait leur demander mais elles sont aussi absentes du débat sur la reconnaissance du « burnout » en maladie professionnelle que les malades eux-mêmes.


IPP à 15%

L’IPP, c’est l’incapacité permanente partielle. La proposition du siècle, qui aurait pour but de reconnaitre la maladie professionnelle et de faire payer les entreprises, c’est de baisser le taux de l’IPP à 15% car à 25%, comme c’est le cas actuellement, il parait que c’est impossible de reconnaitre le caractère professionnel du « burnout ».

La non reconnaissance ne viendrait-elle pas plutôt du manque de formation des médecins supposés repérer un burnout ?

Je rappelle qu’en langue anglaise, on parle de « occupationnal burnout », c’est-à-dire « burnout professionnel »… Aucune ambigüité sur le lien travail/maladie !


Comme au Danemark…

Je ne vais pas m’étendre, juste vous renvoyer à ce billet dans lequel je rappelais qu’au Danemark, même si l’état de stress post-traumatique (ESPT) est reconnu, il revient, au salarié de prouver le lien entre maladie et travail, tout comme en France. Et comme l’ESPT est une maladie officielle et repérable, les comités de reconnaissance se basent sur la critériologie officielle. Si un critère diagnostique manque à l’appel, aucune reconnaissance n’est établie !

Alors toujours envie de Danemark ?


Vers une judiciarisation

Non, les personnes touchées n’ont pas des intentions vénales, elles ne visent pas l’enrichissement, simplement elles n’ont pas le choix !

Il est proprement répugnant de laisser croire que des travailleurs en détresse provoqueraient eux-mêmes des attitudes à risques afin d’être reconnus. Un AVC (accident vasculaire cérébral) sur le lieu de travail ou un karoshi (2) suite à un état de « burnout » non diagnostiqué ne sont pas des actes prémédités !

La maladie « burnout » est d’abord une pathologie très physique comportant des symptômes qui a priori ne constituent pas une alerte. Puis, le « burnout » évolue car il s’agit d’un processus qui s’étend de 2 à 3 ans selon nos observations.

Les séquelles laissent des traces et affectent la carrière autant que la qualité de vie. Baisser le taux d’IPP à 15% revient à minimiser ces séquelles et le préjudice subi.


Dommages et préjudices

Les défenseurs de l’IPP à 15% oublient de préciser un distinguo important :
– le taux d’IPP correspond à des séquelles constatées par un médecin,

– par ce taux, le médecin repère un préjudice qui correspond à une incapacité,

– curieux, quand on sait que le préjudice relève plutôt de la justice ? ne parle-t-on pas de préjudice dès lors qu’il y a dommage c’est-à-dire atteinte à l’intégrité d’une personne ?

infirmiereDans cette procédure de reconnaissance, on délègue au médecin l’évaluation d’un préjudice alors qu’il ne s’agit que d’un constat médical à l’instant « t ».

Que peut-il voir et constater des préjudices qui sont extrêmement nombreux dans le cas du « burnout » ?

Je ne parle même pas des délits de types harcèlement, placardisation ou soupçon de travail dissimulé, délits qui sont souvent au cœur de la maladie. Non, je veux parler des séquelles immédiates et à terme, du préjudice de carrière, de la perte de qualité de vie ou d’autonomie sans compter la douleur morale.

Tant que le « burnout » ne fera pas l’objet d’un diagnostic médical précoce, les parasites que nous nourrissons n’ont pas de soucis à se faire.

Qu’ils sachent tout de même que nos rangs grandissent chaque jour et que je ne lâche rien !

Comme d’habitude, n’hésitez pas à réagir (contact) , à partager ou à nous suivre sur Twitter (@AssoBurnOut) et bien entendu à nous soutenir.

Merci à tous, vos audiences et vos témoignages sont très précieux !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 27 mars 2016.
Mis à jour (lien Contact) le 29 octobre 2018.

 

(1) Nos fidèles lecteurs reconnaitront cet expert aux propos tout en nuances et grand amateur de statistiques fantaisistes et sensationnalistes déjà évoqué sur ce blog.
(2) Karoshi : mort subite par arrêt cardiaque due à un excès de travail et de stress, le karoshi qui touche les cadres est reconnu comme maladie professionnelle au Japon depuis plus de 30 ans.