Droit de réponse

AFBO-truthDans la cohorte des opportunistes et adeptes du « burnout » à but lucratif (1), nous comptons désormais deux journalistes, auteures d’un livre au titre sensationnaliste qui paraitra le 3 février prochain.

Vous ne pourrez pas le louper, je suis certaine qu’il sera en bonne place aux rayons des libraires, le « burnout » est un business ne l’oublions pas.

Outre le fait que mes propos ont été dénaturés, ce qui me pose problème, c’est le message que cet énième ouvrage risque de véhiculer. Je vais bien entendu demander un droit de réponse à l’éditeur mais dans l’attente, je m’accorde un droit sur cet espace.

Problème social…

Nous sommes une armée silencieuse et nos combattants sont nombreux et bien informés. La semaine dernière, l’un de nos protégés m’envoie l’extrait de ce livre dont le titre est tout en nuances…

Les propos qui me sont imputés ont été dénaturés pour la simple raison qu’ils n’ont pas été compris. J’ai un excellent souvenir de cette journaliste qui ne comprenait pas un mot de mon témoignage, en particulier lorsque j’ai évoqué l’autodiagnostic et les questionnaires livrés aux salariés pour évaluer leur exposition au stress. Je n’ai pas eu accès à tout le livre, mais la façon dont cet entretien s’est déroulé et la teneur de cet extrait ne présagent rien de bon.

Je suis supposée avoir expliqué que le « burnout » n’est qu’une maladie et ne doit pas être réduit qu’à un problème social (!).

Bien entendu, et nos fidèles ne seront pas surpris, je dénonçais la prépondérance de la prévention des risques psychosociaux dans le débat sur la reconnaissance du burnout comme maladie professionnelle (risques psychosociaux et non problème social !).

Pour ceux qui nous découvrent, je vous invite à lire la page que nous consacrons à la prévention des risques psychosociaux (protection des travailleurs).

En complément d’informations, j’ajoute que cette discipline :
– fait allègrement l’amalgame entre causes (violences internes, violences externes) et conséquences (stress, « burnout »),

– est pratiquée par des cabinets privés aux méthodes très diverses et dont les clients sont le plus souvent les grandes entreprises aux pratiques managériales contestables (certains de nos adhérents et plaignants travaillent pour ces groupes),

n’a pas encore prouvée son efficacité face à ces violences professionnelles.

… et burnout pathologique
Paragraphe suivant, la journaliste laisse donc entendre que nous réduisons le « burnout » a une maladie, comme si nous ignorions la causalité de cette maladie, à savoir le travail, mais évoque fissa le désastrologue en chef, qui, tel le chevalier blanc, a le premier à évoqué la reconnaissance de la maladie professionnelle. Bien joué !

En guise de droit de réponse et histoire de lever tout malentendu :
1. ces intervenants ne représentant pas les malades du « burnout » et de l’épuisement professionnel,

2. si l’AFBO privilégie un travail sur la recherche médicale (diagnostic précoce, prise en charge adaptée, reconnaissance de la maladie), l’association est aussi un dispositif d’assistance juridique puisque justement la non reconnaissance de la maladie (2) rend d’autant plus difficile la mise en évidence du lien causal et direct,

3. nous observons que le harcèlement, les violences professionnelles (le plus souvent internes) et le non-respect du contrat de travail sont au cœur du processus de « burnout »,

4. inscrire dans la loi le le fait qu’une maladie psychique puisse être reconnue comme d’origine professionnelle ne change rien au parcours du combattant du travailleur qui doit prouver le lien direct et essentiel entre la maladie et le travail habituellement exercé.

À l’heure des mots-clés, si nous devions en choisir 2 pour définir l’AFBO, ce seraient justice et réconciliation, avec le travail mais aussi avec les entreprises « nouvelle génération », qui commencent à faire leur apparition.

AFBO-PressionLe « burnout » est une maladie professionnelle, certes, mais est-ce le travail qui rend malade ou est-ce l’œuvre d’une exposition prolongée au stress provoqué par un manager qui commet, purement et simplement, un délit (harcèlement, placardisation, non-respect du contrat de travail).

Nos adhérents sont des cadres (le plus souvent proche de la direction) de tous horizons (entreprises, fonction publique) qui n’avaient auparavant aucun problème professionnel ni aucun antécédent médical, jusqu’au jour où ils ont vécu une modification majeure, brutale et durable de leur rythme de vie professionnel. Ils aiment leur travail, ils étaient attachés à leur entreprise, et n’attendent qu’une chose : aller mieux et pouvoir retravailler.

Ces délits professionnels doivent être sanctionnés, l’entreprise n’est pas une zone de non-droit. Mais la prévention ne doit pas être réduite à celle des risques psychosociaux. Privilégions la prévention médicale, la formation des médecins et regardons du côté des entreprises de la nouvelle génération.

AFBO-Ph LavalJustement, je vous quitte en vous invitant à écouter l’interview de Philippe Laval, reçu ce matin par David Abiker (soyez patients car il y a des publicités, l’entretien commence après 9,28 minutes).

Comme d’habitude, n’hésitez pas à réagir (contact) , à partager ou à nous suivre sur Twitter (@AssoBurnOut) et bien entendu à nous soutenir.

Merci à tous, vos audiences et vos témoignages sont très précieux !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 31 janvier 2016.
Mis à jour (photo) le 1er février 2016.

Mis à jour (lien Contact) le 29 octobre 2018.

 

(1) Je reprends à mon compte l’expression du talentueux et trop rare Bertrand Burgalat, diabétique insulino-dépendant et auteur de l’excellente enquête Diabétiquement vôtre, où le chapitre 28 s’intitule Le diabète à but lucratif.
(2) Le « burnout » est absent des nomenclatures officielles des maladies (CIM-10 et DSMV), ce qui rend difficile le travail des professionnels de santé : peu de diagnostics précoces, risques de diagnostic erronés entre fausses dépressions et vraies maladies organiques non repérées).