Le « burnout » fantasmé

AFBO-truthJe ne vous écris qu’un dimanche sur deux pendant l’été mais sachez-le, il n’y a pas de vacances pour le « burnout ». Toute affairée à finaliser les travaux relatifs à notre première assemblée générale et à répondre chaque jour à vos messages, je garde toujours un œil et une oreille sur les médias, sans compter les sollicitations diverses, et je suis rarement déçue.

Je n’en finis pas de mesurer l’écart abyssal entre ce que vivent les malades et la représentation que s’en font ceux qui en parlent le plus.

Ces deux dernières semaines ont été riches en la matière…

Entendu au Sénat
« Et si on parle d’état de stress post-traumatique et d’épuisement professionnel dans les tableaux des maladies professionnelles, ça vous va ? »

Je préfère ne pas révéler qui m’a fait cette drôle de proposition (j’ai mis des mois à obtenir un rendez-vous…). Pensant bien faire pour aider les malades, mon interlocuteur reprend la proposition du désastrologue en chef qui souhaite introduire l’ESPT et la dépression d’épuisement aux tableaux des maladies professionnelles.

En guise de mise au point, je lui rappelle qu’une dépression n’est pas un trouble d’origine professionnelle (même si un « burnout » mal soigné peut mener à une dépression) et lui explique que l’état de stress post-traumatique est un mal bien identifié par les médecins psychiatres, un trouble qui touche les victimes de délits et de catastrophes particulièrement traumatisants.

Heureusement, l’amendement dont il était question n’a pas été jugé recevable car susceptible de créer ou d’aggraver une charge publique supplémentaire. Ouf ! on l’a échappé belle !

Comment faut-il le dire ? Un « burnout » est une forme particulière de l’épuisement professionnel qui se caractérise par un épuisement cognitif et intellectuel mais aussi et d’abord par des symptômes très physiques. C’est un processus autant qu’un état, une maladie générée par un stress professionnel, une pathologie qui touche les travailleurs qualifiés éprouvant du plaisir à travailler !

F Rebsamen-22 07 15Entendu sur Europe 1
De la bouche de François Rebsmen en personne « « On ne peut pas faire, j’allais dire, comme si cela était uniquement dû au travail. Des fois c’est dû au travail, des fois il y a des causes personnelles ». Des propos qui respirent la rigueur !

Ben non monsieur le ministre ! C’est pas dû à des causes personnelles. Sans doute est-il sous l’influence de « qui-vous-savez » qui ne manque jamais une occasion de de parler du sur-engagement et d’acharnement frénétique au travail, une façon à peine détournée de stigmatiser et de culpabiliser les salariés. (2)


Entendu au téléphone

« Il y a une jeune femme anorexique qui a beaucoup travaillé, qui a fini par faire un burnout à force, depuis elle raconte partout que c’est son burnout, vous voyez, on met tout et n’importe quoi derrière ce mot n’est-ce-pas ? » Euh oui, je vous confirme qu’on dit bien n’importe quoi…

Pour information, l’anorexie mentale est une maladie également identifiée et diagnostiquée puisqu’elle fait partie des classifications officielles des maladies (anorexia nervosa au DSM-5, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) et n’a bien entendu rien à voir avec le « burnout » qui n’est pas un trouble mental.

La phrase a été prononcée par un patient-expert, un vrai (intervenant, formateur atteint d’une autre maladie que la nôtre) qui souhaite me rencontrer pour des échanges que je devine fructueux. Mais j’ai regretté cette énième mise au point.


En conclusions, nos propositions

La plupart des intervenants médiatiques se complaisent à dire que le problème est complexe. Je ne suis pas du tout d’accord, le problème est très simple comme le montrent nos propositions :

1/ On se mobilise pour la recherche médicale
AFBO-Med researchAvec le concours du Ministère de la Santé et de la HAS (Haute Autorité de Santé), il est possible d’organiser un groupe de travail composé d’experts médicaux afin de co-construire, avec nos protégés, un tableau de repérage diagnostic à diffuser aux professionnels de santé (le « burnout » n’est pas enseigné en faculté de médecine !).

Il y a des précédents car il existe d’autres syndromes, c’est-à-dire des maladies bien réelles mais non classifiées qui nécessitent pourtant un diagnostic et des soins adaptés (l’hyperactivité fait l’objet d’un repérage, une étude similaire vient de débuter pour la maladie de Lyme).

Ce qu’il y a de bien avec la médecine et les disciplines scientifiques, c’est qu’il faut prouver, démontrer, on ne se complait ni dans le ressenti ni dans les théories !

AFBO-StigmaisationVous n’avez pas manqué de constater que je ne parle pas de psychologues, ni de préventeurs des risques psychosociaux. Ces acteurs, qui ne sont pas des médecins, je le précise, multiplient les déclarations sur le sujet pour mieux réduire les malades au silence ou pour les décrire comme des patients psychiatriques.

Être victime d’un traumatisme ne veut pas dire que l’on souffre d’une maladie mentale. L’épuisement professionnel est non seulement une déflagration physique mais se voir diminuer, sans savoir combien de temps cela va durer est très déstabilisant. Il est normal d’avoir du chagrin, d’avoir peur car les perspectives professionnelles sont compromises. Parler à un professionnel peut s’avérer nécessaire mais une fois encore, cela ne veut pas dire que l’on est atteint d’une maladie mentale, qui nécessite d’être placé sous camisole chimique.

Par conséquent, quand j’évoque la recherche, je pense plutôt à l’endocrinologie, aux neurosciences par exemple. La recherche médicale permettrait de mettre en évidence que le « burnout » (et probablement les autres formes d’épuisement professionnel) ne sont « que » des maladies du stress, des pathologies très physiques dont les séquelles physiques, sans oublier les traitements contre-indiqués, peuvent faire du « burnout » une maladie chronique.

2/ Donc on redonne la parole aux malades et on en finit avec les vrais/faux amendements dont l’ossature n’est imprégnée que de mesures visant à soutenir la prévention des risques psychosociaux et non les malades,

3/ On informe, on sensibilise, on agit vraiment
Loin de la théologie stérile qui consiste à associer travail et souffrance, l’AFBO préconise d’associer la prévention médicale à une prévention de terrain, en engageant nos entreprises-adhérentes à travailler sur un label de bonnes pratiques.

Au fond, notre action s’inscrit parfaitement dans le cadre de la démocratie sanitaire qui consiste (je résume) à impliquer tous les acteurs de la santé, y compris les usagers et les associations qui les représentent. C’est aussi ce que rappelle Madame la Ministre, Marisole Touraine dans le projet de Loi relatif à la Santé (lire Chapitre IV – Associer les usagers à l’élaboration de la politique de santé et renforcer les droits).

Vous êtes convaincus et tentés par notre projet ? Vous voulez rejoindre nos rangs ? Vous pouvez nous soutenir ou adhérer.

Pour témoigner, nous interroger ou réagir : contact et pour nous suivre sur Twitter :  @AssoBurnOut

Merci à tous nos fidèles internautes, soutiens et adhérents !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 26 juillet  2015.
(2) Mise à jour le 10 août 2015 (dans un souci d’honnêteté, j’ai supprimé un certain commentaire puisque oui, nous serons bientôt reçus par la Direction générale du travail).

Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.