Le droit à l’oubli

AFBO-clauseCette semaine, j’ai découvert qu’une avancée sociale avait été franchie avec « le droit à l’oubli », mesure votée à l’Assemblée nationale le 14 avril 2015 en faveur des malades du cancer.

Le dispositif ne satisfait pas toutes les victimes mais c’est une première étape remarquable.

Au risque de paraître maladroite, je me permets d’évoquer le droit à l’oubli pour nos protégés, et je ne parle pas seulement d’emprunt bancaire.

Burnout et crédit
Ces dernières semaines, certains d’entre nous ont mal vécu les propos maladroits véhiculés par les médias à l’occasion du débat sur la reconnaissance du « burnout » comme maladie professionnelle.

Non, un arrêt maladie longue durée n’est pas un choix, ni un évènement anodin, tout comme le choix d’un contentieux pour se défendre.

Le « burnout » est un processus autant qu’un état de santé. Mais les symptômes sont difficiles à repérer et lorsque l’effondrement survient, il est à craindre qu’un arrêt de travail de plus de 6 mois soit nécessaire.

rech_interneEn fonction de la qualité de l’accompagnement (médical et juridique), il est donc très difficile d’envisager des perspectives.

D’un point de vue financier, et selon les termes de la convention collective qui s’applique au contrat de travail, les indemnités journalières sont susceptibles de baisser de façon plus ou moins importante après 6 mois d’arrêt.

Le premier des réflexes est de revoir ses charges à la baisse. Pour les salariés propriétaires, la renégociation du crédit semblent s’imposer.

Premier problème : la banque soumet un questionnaire médical avant de traiter le dossier. Second problème : le « burnout » n’est pas présent dans les pathologies listées dans le document (puisque la maladie n’est pas officielle), alors quelle maladie faut-il déclarer ?

Dans mon cas à l’époque, je n’ai pu cocher aucune case mais j’ai du déclarer un arrêt de travail de 6 mois précédent la demande. Résultat : dossier rejeté.

Par la suite, ayant vaguement envisagé l’entrepreunariat, je réalise que le problème est le même pour être assurée convenablement en tant qu’indépendant. Les mutuelles soumettent un questionnaire de santé et en fonction de la case cochée (mais laquelle ?), le verdict tombe : exclusion de garanties ou couverture moindre mais plus chère.

Professionnellement, j’ai fini par m’en sortir mais qu’en est-il des personnes aujourd’hui touchées par le « burnout » ou par les formes d’épuisement professionnel ?


« Burnout » et travail

À une heure de grande écoute, j’entends sur les ondes, la plus-médiatisée-des-psychologues affirmer que 80% des salariés touchés qui passent par ses consultations retrouvent un travail, même plus qualifié qu’auparavant, dès lors que le « burnout » est diagnostiqué à temps.

De quoi parle-t-elle ? D’une vague fatigue ? De découragement professionnel ? Et cela veut dire quoi diagnostiquer ?

D’une part, la maladie est au départ très physique et les symptômes paraissent anodins. D’autre part, le « burnout » n’étant présent dans les classifications officielles des maladies, il est par conséquent très difficile à repérer.

S’agissant du retour à l’emploi, force est de constater que ces acteurs ne connaissent mal les processus de recrutement en France.

Par ailleurs, rappelons que le « burnout »  n’est pas qu’un « simple » épuisement physique, il se caractérise par un épuisement cognitif que ne connaissent que les professionnels intellectuellement sur-sollicités.

Pour les cadres en entreprises, la population que je connais le mieux, je peux vous assurer que le retour à l’emploi ne se décrète pas dès lors que l’état de santé est stabilisé. Plus que pour toutes autres professions, le futur recruteur ne manquera pas de prendre des références auprès de l’ancien employeur.

Je vous laisse imaginer la suite. Qui confierait un poste à responsabilités à un salarié « fragile » ? Puisque l’on veut absolument faire passer ces salariés pour des patients psychiques voire psychiatriques.


Judiciarisation

Vous ne me croyez pas ? Dans le moindre article de presse, ces porte-paroles improvisés laissent toujours planer ce doute insupportable lié au sur-engagement et à la maladie psychique. Et bien entendu, jamais un mot sur les malades.

Dans les lignes du très sérieux Huffington Post, « qui vous devinez » déclare que la prise en compte des maladies psychiques reste la seule solution pour les victimes : « La fin du flou sur ce qu’est ou n’est pas une maladie psychique et la reconnaissance plus rapide pour les personnes atteintes d’une de ces maladies devraient générer de moindres guerres vis-à-vis de l’employeur et l’envie d’en découdre qui résulte des difficultés actuelles. Les victimes passeront plus aisément à autre chose parce qu’elles auront été reconnues ».

À l’origine des contentieux, il n’y aurait donc que les aléas de la procédure de reconnaissance de la maladie professionnelle ? Mais comment tourner la page quand on a subi de graves préjudices ? A grand renfort de psychotropes sans doute ?

AFBO-hammerÀ la périphérie de la maladie « burnout », et comme nous le constatons avec nos plaignants, il y a de nombreux actes de malveillance et autant de préjudices : harcèlement moral, préjudice moral, préjudice de carrière, parfois même travail dissimulé.

Comment tourner la page sans demander réparation ?

Sachez que la plus-médiatisée-des psychologues ne dit pas autre chose que cela, dans la presse et à certains salariés, qui finissent par nous rejoindre pour être écoutés, défendus et protégés même après la procédure (un droit à l’oubli pour le retour à l’emploi en quelque sorte).

Quant à « la fin du flou sur ce qu’est ou n’est pas une maladie psychique », nous proposons que la question soit traitée par la médecine et non par des cabinets privés ou par les syndicats.


La prévention en question

J’ai eu l’occasion d’avoir en mains quelques synthèses des fameux audits relatifs à la prévention des risques psychosociaux. Le repérage et la définition des risques sont extrêmement pertinents et reflètent la réalité du salarié. Par exemple, il y est question d’un processus (organisationnel), des facteurs de risques afférents (surcharge) et du risque psycho-social qui peut en découler (la fatigue nerveuse).

Mais les conclusions de ces rapports sont plus diplomatiques et parfois incomprises des salariés car en contradiction avec leur vécu (quand les résultats leurs sont communiqués bien sur), exemple : 80% des salariés se sentent soutenus par leur hiérarchie (?).

Des mois plus tard, ces salariés m’indiquent que rien n’a changé, qu’aucune mesure concrète n’a été prise par la direction.

Il est donc permis de douter de la portée de ces études et surtout du lien avec ce qui est bel et bien une maladie.

Il y a des choses qui ne se décrètent pas. Observer les effets de l’épuisement professionnel est une chose, le vivre en est une autre.


Notre projet

Un amendement en vue d’étendre le droit à l’oubli à des personnes guéries ou stabilisées a été voté par les députés. Mais pour cela, les experts sont clairs : un peu à la manière de la classification officielle des maladies, des grilles de référence seront élaborées, renforcées par les progrès thérapeutiques de chaque maladie. Encore faut-il que la maladie existe !

AFBO-heartAfin qu’un droit à l’oubli soit accordé à tous les malades, y compris à nos protégés, il est impératif que le « burnout » fasse l’objet de recherches médicales afin d’établir des critères de diagnostics. Je parle bien là de médecine et non de psychologie encore moins de psychiatrie.

Nous y travaillons mais pour réaliser notre mission, nous avons besoin d’un maximum de soutiens. Vous voulez venir en aide aux personnes touchées et soutenir notre projet, vous pouvez le faire par un don ou une adhésion.

Vous pouvez aussi réagir ou témoignez (contact) ou sur Twitter (@AssoBurnOut).

Merci à tous !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 12 juillet  2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.