Le prophète Elie

Ce billet est dédié à Jade, Christine et Hervé.

Vendredi 13 février. Une vidéo lancée sur Twitter me laisse sans voix. La récupération du « burnout » est décidément sans limite ! J’allais écrire ce billet quand j’ai reçu un courriel de l’un des nôtres très choqué par un téléfilm diffusé la veille, offrant une nouvelle vision déformée et sensationnaliste du syndrome d’épuisement professionnel.

AFBO-tabletsCe téléfilm « 15 jours ailleurs » a déjà diffusé il y a environ un an. J’avoue avoir eu la même réaction à l’époque mais notre association n’en était qu’à ses fondations. L’interprétation de Didier Bourdon (toujours impeccable) ne me fait pas oublier le message du film : le « burnout », une maladie mentale nécessitant un internement.

Je ne m’en étonne plus, ce serait une déperdition d’énergie. Je préfère travailler dans l’ombre, méthodiquement, au côté des malades. C’est ma façon de lutter contre l’ignorance. Mais le chemin sera long. Comment peut-il en être autrement ?

La maladie n’est pas officielle donc n’importe quel intervenant peut extrapoler, interpréter, sur-interpréter. (Je vous fais grâce des types de propositions que je reçois à l’AFBO !)

Surtout, cette maladie bien réelle, est uniquement considérée et présentée comme un risque psychosocial, cela n’est sans conséquence. Ce sont donc les préventeurs des risques psychosociaux qui s’emparent du débat. Le burnout devient donc un concept, un risque.

Comment prendre les malades au sérieux dans de telles conditions ?

Soyons précis : la prévention des risques psychosociaux est nécessaire et la mise en place d’outils de prévention des RPS est obligatoire pour les entreprises de plus de 1000 salariés (depuis 2008).

AFBO-Burnout-TempsMais un risque est une probabilité alors que le syndrome d’épuisement professionnel est une maladie. Certes d’origine professionnelle mais une maladie, non reconnue, autant dire, un parcours du combattant pour le malade : reconnaissance, preuve de la causalité maladie/travail, inaptitude, handicap, précarité.

Pas très glamour tout ça, côté audiences, on risque la tasse n’est-ce pas ?

Pour en revenir à la prévention des risques psychosociaux, nous avons 2 écoles en France : une approche « ergonomique » et une autre « médicale ». Dans la première, on considère l’organisation du travail, dans la seconde, approche individuelle, on s’attarde sur la santé mentale. Ces 2 écoles sont souvent représentées par 2 cabinets concurrents.

Quand le premier (le préféré des médias) organise un colloque sur le « burnout », le second sort une vidéo sur le sujet et en profite pour montrer l’un des bouquins, sur le « burnout », bien entendu.


Depuis 2012, j’ai le nez plongé dans divers rapports et études émanant des uns ou des autres, certains transmis dès 2008 au ministère du travail et j’avoue avoir beaucoup de mal avec la sémantique. Sous prétexte de rigueur, on n’y parle que d’indicateurs, de mesures, de risques et j’en passe, exemple, avec cet extrait d’un rapport remis en 2008 au ministère du travail :

« …nous pensons que privilégier l’observation des faits relatifs à des concepts précis et selon des méthodes scientifiquement éprouvées est la meilleure façon d’établir, dans notre pays, un consensus minimum sur la reconnaissance des risques psychosociaux ramenés à des faits et sur leur mesure objective… »

Et la reconnaissance de la maladie, c’est pour quand ?

AFBO-DoctorAlors comment agir dans l’intérêt des malades ? Et si l’on introduisait un peu de rigueur et d’humanité en redonnant la parole aux médecins et aux patients ? J’ai écrit à Madame Marisol Touraine pour lui faire part de notre proposition de programme de recherche médicale en vue d’un diagnostic, d’un dépistage. La demande a été très rapidement transmise à la direction générale de la santé pour examen.

Il existe aussi une autre voie que celle de la recherche médicale, car ce syndrome n’est pas le seul à faire les frais d’un flou médical mais des solutions existent pour identifier, diagnostiquer. J’attends une réponse officielle avant de vous en dire plus.

Dans l’attente, et si vous vous demandez pourquoi ce billet s’appelle « Le prophète Elie », il fait référence à la vidéo lancée sur Twitter ce vendredi soir. Pas de lien car cet intervenant bénéficie déjà d‘une belle couverture médiatique, mais si je vous dis que je réagis mal aux stimuli, ça vous mettra sur la voie. On y parle, entre autres, du burnout dans l’antiquité, chez Shakespeare, une vraie vision d’avenir.

Vous voulez réagir, contredire, encourager, n’hésitez pas : contact.

 

Auteur : Léa Riposa
Publié le 15 février 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.