Lève-toi et marche

Je dédie ce billet à A., qui a vécu la déflagration du « burnout ». A. voulait savoir si quelqu’un avait vécu ce mal très particulier, il avait besoin de savoir qu’il n’était pas seul.

La petite phrase
« Le sujet est passionnant et son actualité également, il devient de plus en plus médiatique ».

Une perle ! écrite avec ferveur par une étudiante en management qui me demande de la mettre en rapport avec nos malades pour mieux comprendre les symptômes et donc mieux « prévenir ». Le sujet de sa thèse (je cite) : Prévenir le B.O. en entreprise.

Décryptage
AFBO-burned downEst-ce nécessaire ? Le « burnout » est un sujet de thèse, un sujet d’actualité. Et les malades aussi visiblement, pas vraiment des malades, alors on peut en toute quiétude les importuner, les interroger à l’envi.

Où est le mal après tout, puisqu’on enseigne ce « risque psychosocial» dans les écoles de management ?

Personne n’est expert mais tout le monde a le droit d’avoir son opinion sur la question. On explique mais qui a vraiment observé ?

Je continue de chercher mais je ne trouve pas de maladie qui soit aussi « mal traitée » si j’ose dire. Au siège, je reçois des propositions très sérieuses de thalassothérapie, de gadgets anti-« burnout ». Ce mal ne serait qu’un vague stress.

Je pense aux messages de détresse qui nous parviennent et j’ai la nausée ! En même temps, je me dis que notre association a sa place et qu’elle doit persévérer. J’ai la conviction qu’il faudra en passer par une communauté de patients experts pour faire avancer notre cause.

Aujourd’hui dimanche, après des mois d’errance, un diagnostic de « burnout » a enfin été confirmé à l’une de nos protégées, elle est heureuse pouvoir s’arrêter et d’échapper à l’effondrement. Et une nouvelle malade nous a laissé un message : elle pense avoir fait un « burnout » l’an dernier, elle cherche un médecin car elle ne sait pas à qui s’adresser, elle ne s’en remet pas.

Et oui mademoiselle, j’espère que vous avez bien transmis ma réponse à vos supérieurs ! Ce que vous considérez comme un sujet de thèse « passionnant » est une maladie grave, une dislocation qui laisse une empreinte durable, une peine multiple qui n’en finit jamais puisque cette maladie professionnelle finit par contaminer toutes les sphères de votre vie.

Comment faire comprendre à l’entourage ce que dit/dicte notre corps qui n’en peut plus, alors que la médecine ne nous dit rien ? 

Il est plus que jamais urgent de reconnaître la maladie avant même la maladie professionnelle (il est difficile mais possible d’obtenir réparation sans attendre que la maladie soit inscrite aux tableaux des maladies professionnels).

AFBO-Medical doctorIl est plus que jamais urgent que la maladie soit enseignée et maîtrisée par le corps médical. Elle est aujourd’hui entre les mains d’économistes et autres cabinets privés, qui prennent les malades en otages pour mieux défendre leurs intérêts. Un scandale !

On profite du caractère non officiel de la maladie et de la complexité sémiologique pour (mal) vulgariser, ce que les anglo-saxons appellent le « burnout » provoquant ainsi de nombreuses interprétations et autant de souffrances pour les personnes réellement touchées.

Lorsque l’effondrement arrive, le corps tout entier (cerveau compris !) ne peut plus rien produire. Si vous connaissez une personne dans ce cas, ne lui demandez pas de se bouger, c’est impossible ! Quand le corps et le cerveau disent « stop », cela ne veut pas dire que l’on a affaire à une maladie mentale. 

Les victimes ne sont pas condamnées d’avance mais, il me semble, que le retour à la vie d’avant (ce qui m’est arrivé) semble compromis dès lors que le processus de reconstruction est guidé par « la camisole chimique ».

AFBO-experience-Notre priorité N°1 est de faire reconnaître la maladie et nous y travaillons, discrètement, patiemment mais avec détermination. Et si nous réussissons, A., Hervé C., Aurélie B. et nos protégés deviendrons les véritables experts et nous ne seront plus jamais des malades orphelins.

Auteur : Léa Riposa
Publié le 1er mars 2015.