Lien direct et essentiel

AFBO-SolidaritéAprès le témoignage de Xavier, ce billet sera le dernier avant la prochaine publication du 3 janvier 2016.

Cette pause qui n’en est pas une, me permettra de dépouiller les bulletins de vote de nos adhérents qui ont été sollicités sur de nombreuses questions à l’occasion de notre première Assemblée générale.

Non, pas de pause à l’AFBO, les témoignages et appel à l’aide arrivent chaque jour sur notre boite mail. Ce qui me frappe encore et toujours, c’est le décalage entre les messages diffusés dans la presse et la dure réalité des travailleurs touchés par cette maladie professionnelle.


Le calme avant la tempête
Un projet de loi est à l’étude et devrait refaire surface en février prochain. Moins de « burnout » dans la presse mais j’ai bien l’impression d’un calme avant la tempête.

En attendant, la reconnaissance des maladies psychiques comme maladies professionnelles est inscrite dans la loi. Mais qu’est-ce ça change ? L’inscription dans les textes peut s’avérer dissuasive car un employeur sait maintenant que le « burnout » et les autres formes de l’épuisement professionnel peuvent être reconnus comme maladies d’origine professionnelle même si elles ne sont pas inscrites dans les tableaux.

Mais la reconnaissance est particulièrement difficile. Pour mémoire, je vous invite à lire le fameux texte (extrait de l’Article L461-1 modifié par ma LOI n°2015-994 du 17 août 2015-art.27) :

Les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle, dans les conditions prévues aux quatrième et avant-dernier alinéas du présent article. Les modalités spécifiques de traitement de ces dossiers sont fixées par voie réglementaire.

AFBO-lawC’est quoi les conditions prévues ? Cela veut dire que, comme pour toute demande de reconnaissance en maladie professionnelle, il revient au salarié de prouver le lien direct et essentiel entre le travail habituellement exercé et la maladie.

Quand une maladie est bien réelle mais non officielle, on fait comment ? (le « burnout » est absent des classifications officielles des malades (1) et (2)). À l’origine de ce ramdam, il y a l’offensive médiatique d’un véritable « parasite du burnout ». D’article en interview, comme d’autres experts auto-proclamés, il se saisit de la question en prétendant nous aider, alors qu’il ne contribue qu’à générer de faux espoirs.


Prévention et promotion de la santé

En ce qui concerne notre communauté, l’obtention de cette reconnaissance est très aléatoire. La difficulté vient d’abord du fait que la maladie n’est pas officielle donc pas officiellement « diagnostiquable ».

Certains de nos protégés, sur une longue période d’arrêt maladie, voient défiler divers motifs d’arrêt de travail, du style : syndrome anxio-dépressif, dépression, burnout puis à nouveau dépression. Faudrait savoir ! Cela n’aide ni à la crédibilisation ni au parcours de soins.

Cerise sur le gâteau : alors qu’on a eu du mal à le diagnostiquer, voilà qu’un beau jour, on décrète que le « burnout » est stabilisé ! Et quand la maladie est stabilisée (« consolidée »), les indemnités s’achèvent. Cul-de-sac ! On est toujours épuisé mais stabilisé donc supposé reprendre le travail, formidable !

Je croyais que l’heure était à la promotion et à la prévention de la santé notamment en matière de maladies chroniques, ce que risque de devenir un « burnout » non diagnostiqué et mal soigné. Je termine donc sur l’évocation du sujet qui nous tient le plus à cœur et sur lequel nous travaillons : la recherche médicale.

AFBO-Préventsion de la santé

La recherche médicale permettrait un diagnostic précoce et fiable (combien de faux « burnout » encouragés par la surexposition médiatique du burnout ?), un parcours de soins adaptés et un retour rapide à l’emploi plutôt que des mises en retraite prématurées ou des mises en invalidité, une double peine pour ces cadres qui jusqu’à présent avaient eu une carrière linéaire et sans histoires, des sujets qui ne souffraient d’aucune pathologie… Plus de destins brisés, fini la psychiatrisation et la judiciarisation des conflits.

Non, le « burnout » n’est pas un phénomène, toutes les professions ne suscitent pas une activité intellectuelle intense. Ne pas le reconnaître, ce serait détourner le regard des personnes qui en souffrent réellement.

Les autres formes d’épuisement professionnel sont plus répandues, c’est ce que je constate depuis mon triste poste d’observation. Nous accueillons et défendons toutes ces personnes avec le même dévouement, simplement, il nous parait important de rétablir une certaine vérité.

Je profite de ce dernier billet de l’année pour vous remercier tous chaleureusement, adhérents, donateurs, témoins ou simples lecteurs. Vos voix, vos messages et vos dons nous encouragent à poursuivre notre combat.

AFBO-emailLe lien direct et essentiel, il est vraiment entre vous et nous, les « parasites du burnout » n’ont qu’à bien se tenir…

Bonnes fêtes à tous et continuez de nous écrire pendant les fêtes : contact.

Auteur : Léa Riposa
Publié le 13 décembre 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.

 

(1) : CIM-10 : Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, 10ème révision, connue sous le nom « CIM-10 » ou en anglais « ICD-10 », publiée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
(2) : DSM : Manuel de diagnostic et statistiques des troubles mentaux publié par l’Association Américaine de Psychiatrie (APP).