Lobby or not lobby

AFBO-LawTout ça pour ça ! Le ramdam médiatique de la reconnaissance du « burnout » en maladie professionnelle aura simplement suscité de nombreux espoirs au sein de la communauté des malades.

Une nouvelle occasion inespérée pour de nombreux acteurs de disserter, philosopher et vendre leurs services ou leurs dernières publications.

Et au final, quelle avancée pour les personnes touchées ? Rien ! Mais cette fois, la presse se montre plus discrète… Petite mise au point.

Le Sénat renonce
La reconnaissance du caractère professionnel du « burnout » a d’abord été introduite au projet de loi sur le dialogue social.

Mais juste après avoir été reconnu comme d’origine professionnelle, le « burnout » a vite été retiré de la liste des maladies professionnelles par le Sénat.

AFBO-Gabouty

La presse fut plus discrète, j’ai à peine eu le temps de lire que le « burnout a aussi des facteurs privés ou congénitaux » (1) (pas sur LeGorafi.fr, non, c’était bien sur l’Express.fr du 12 juin 2015).

BO congénital

Concrètement, l’amendement dont il a été question a été adopté puis retiré. Il indiquait que : « les maladies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle ».


Terre inconnue

Comment peut-il en être autrement ? Que pourrait-on inscrire dans ces fameux tableaux des maladies professionnelles ?

En réalité, et comme l’AFBO le souligne depuis sa création, il est impossible à l’heure actuelle d’introduire le « burnout » dans les tableaux des maladies professionnelles puisque cette pathologie n’est pas présente dans les nomenclatures officielles des maladies. En clair, elle n’existe pas, elle n’est pas enseignée en Faculté de Médecine.

Pour justifier ce revirement inopiné, on invoque la complexité de ces pathologies et l’incompatibilité avec le système complémentaire de reconnaissance des maladies… Mais toujours pas un mot sur le sort des personnes touchées. 

Entre nous, il n’y a rien de complexe :
– pour n’importe quel médecin anglo-saxon, le « burnout » ne peut être que d’origine professionnelle, il n’y aucune ambigüité sur ce point,

– mais dans les médias français, cette maladie grave, au départ très physique et évitable, devient un concept, une mode ou pire une maladie psychique, un flou bien entretenu qui arrange tout le monde sauf les malades,

– à qui profite ce flou ? lisez bien les études et articles qui circulent, il n’est question que de prévention liée à l’organisation du travail (lobby de cabinets privés ?) et de psychologie/psychiatrie (lobby pharmaceutique ?).


Lobby or not Lobby

Pour nous, malades et anciennes victimes, le « burnout » ou l’épuisement professionnel (2) n’ont malheureusement rien de complexe, c’est une triste évidence.

AFBO-ArgentPourtant, ce que je constate, c’est la confiance que les victimes portent à leur médecin, surtout quand, à la clé, elles estiment que la mise sous traitements contribue à faire avancer leur dossier de reconnaissance en maladie professionnelle.

Alors, entre un médecin peu in/formé et le parcours fléché de cette reconnaissance si médiatisée, les personnes touchées se retrouvent sous camisole chimique, comme je l’ai maintes fois dénoncé sur ce blog (Poison maudit, 50 nuances de blues, Quel diagnostic).

La plupart de nos protégés sont sous traitements depuis 3 ans et souffrent de nombreux effets secondaires.

J’ai discuté avec quelques médecins qui ont bien voulu répondre à mes questions, ils sont unanimes : ces traitements s’imposent parfois lorsque le diagnostic est clairement posé, il ne peut s’agir que de traitements de courte durée qui doivent s’accompagner d’une écoute attentive du patient.

Comme me l’indiquait la présidente d’une association amie et bien informée sur ces dérives : « après 3 ans, doit-on parler de patients ou de clients ? ».


Désir textuel

Cette semaine, j’ai appris, amusée, qu’un groupe de travail à l’INSERM, travaillait sur le désir sexuel humain.

Alors plus que jamais, je me bats pour que soit lancé un groupe de travail en vue de comprendre et de repérer cette maladie, qui n’est autre qu’une pathologie du stress, avec des symptômes très physiques.

Repérer la maladie, c’est mieux soigner, prendre en charge et épargner des vies (et accessoirement des deniers pour la collectivité).

Quand la maladie sera repérée et identifiée, il sera possible d’élaborer un guide de bonnes pratiques de diagnostic destiné aux médecins (d’autres syndromes font l’objet de guide), et il sera plus facile d’introduire la maladie aux tableaux des maladies professionnelles.

Sans une telle rigueur, sans le soutien de la médecine, les victimes resterons prisonniers de l’errance diagnostique et de ses conséquences.


Lost in translation
(perdu en traductions)
« Certains » nous conseillent de regarder du côté du Danemark, encore un enfumage ! Pour information, le Danemark ne reconnait qu’un trouble mental (et le « burnout » n’en est pas un) : l’état de stress post-traumatique (ESPT) reconnu en 2005.

Mais pour le salarié danois, ce n’est pas « open bar ». Comme dans tous les pays du monde, la référence, c’est la classification officielle des maladies.

Au Danemark donc, le trouble doit résulter d’une exposition « à une situation ou un évènement traumatisant de courte ou de longue durée et d’une nature exceptionnellement menaçante ou catastrophique ».

Par ailleurs, la maladie doit répondre strictement aux critères de diagnostic présents dans la classification internationale des maladies : CIM-10 : F 43.1.

Retour à la case départ !

AFBO-VisagesAlors, si vous voulez aider la cause des malades et faire avancer la recherche médicale, n’hésitez pas à diffuser ce message ou à nous aider, nous rejoindre.

Comme d’habitude, vous pouvez aussi réagir : contact.

Merci à tous pour vos soutiens, témoignages et #FF sur Twitter (@AssoBurnOut).

 

 

Auteur : Léa Riposa
Publié le 28 juin 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.

 

 

(1) le lien étant inaccessible, je ne peux vous copier que le titre de l’article, issu de l’une de mes nombreuses alertes email sur le « burnout ».
(2) parmi nos protégés, nous distinguons diverses formes d’épuisement professionnel ainsi que le « burnout », également d’origine professionnelle, qui se caractérise par un épuisement cognitif et intellectuel.