Notre témoin N°1

AFBO-Témoin1Si vous êtes un fidèle lecteur des billets du dimanche soir, vous ne serez pas surpris de lire que ce soir, je laisse la parole à deux témoins. Pour les raisons que beaucoup d’entre vous comprendront, notre premier témoin ne signera que de ses initiales.

Tous vos témoignages contribueront à porter un nouveau regard sur les personnes touchées. La maladie ne les définit pas, ils sont bien plus que cela.

Ecoutez-les bien et accueillez ce texte comme vous l’avez fait pour moi, avec bienveillance et respect.

Travailleur Social auprès du personnel d’une grande entreprise financière, confrontée depuis ces dix dernières années aux souffrances de salariés malades de l’hyper gestion, des résultats, de la banalisation de l’urgence, il m’a fallu (faute de moyens techniques et humains) passer d’une urgence humaine à l’autre, d’une tentative de suicide à un signalement, être présente pour la préventions des RPS, l’amélioration de la qualité de vie au travail etc… sans que ma vie au travail n’en soit améliorée.

Bref, me voilà en Burn out avéré, mais il s’annonçait depuis 3 ans.

En arrêt de travail depuis 7 semaines maintenant, l’épuisement parlait de lui-même : j’arrivais au travail avec 2 bottes de couleurs différentes, sans prendre le temps de me regarder avant de partir (elles étaient sombres, c’est moins choquant). En sortant de ma voiture, un matin dans le parking de l’entreprise, trauma crânien sur une gaine d’aération que je n’avais pas vue, pressée toujours pressée…

Et ce smartphone transmis par l’entreprise qui vous  « permet » de rester connecté toujours et voir s’afficher vos mails et votre planning…

Médicaliser le Burn out : je dirais que c’est la réponse la plus rapide pour revenir à l’action, mais je crois que ce n’est pas la plus VRAIE.

Il me semble que cette consommation de notre être qu’est le Burn out nous prive d’une forme de dignité, dans notre temps d’être. Nous n’avons plus le temps d’être « pour de vrai » comme disent les enfants. C’est l’action, la compulsion du résultat qui dominent, pas le temps de penser, on prend la « fiche réflexe ». Le train ne s’arrête jamais, pas le temps de passer par le couloir « Pensée ».

Pour moi, le Burn out est comme une dépression de la dignité, une dépression d’honneur. Elle est la conséquence d’un effondrement de l’organisme qui a donné, au-delà du possible.

L’enjeu n’est plus humain , l’enjeu est la gestion, l’empilation des actes, des compétences, des résultat, comme une « macdonaldisation » du travail ; proposer un « produit travail » à l’arraché… mais mangé à la sauce Burn out.

Alors il faut se poser, se reposer et couper les liens pour se retrouver.

Se soigner pour retrouver nos rythmes biologiques et le sommeil qui s’est perdu, à force de tensions, de cafés, d’angoisses.

Se soigner, c’est vital; je le fais, je prends oui, un antidépresseur mais qui fait tomber ma tension à 8, moi qui étais à 9. J’ai donc arrêté ; il faut essayer de trouver le traitement juste et adapté pour se reposer de toutes ces angoisses (perdre son travail pour incompétence, pour fatigabilité, comment se réorienter, vers quoi, vers qui… Si l’aidant ne tient plus son rôle, vient l’angoisse d’être simplement écartée).

Mais peut-être le soin le plus important est-il celui de la réconciliation avec son propre corps, ce corps qui souffre et dont on a caché longtemps la douleur.

Proposer la parole, des massages, prendre conscience de sa douleur, de sa respiration. Il faut des soignants et des aidants pour cela : psychiatre ou thérapeute autre, généraliste, sophrologue, et soi même ; marcher un peu, dormir beaucoup, faire travailler ses mains pour soulager l’esprit. Rester en lien avec les seules personnes positives qui font du bien, éloigner les autres. J’espère que mon témoignage apportera  à certains ; je suis heureuse de pouvoir, dans ma difficulté, transmettre un peu de mon expérience humaine.

 

Auteur : ALV.
Publié le 5 avril 2015 à 18h.