Peau neuve

AFBO-VIEVous êtes nombreux à me demander comment j’ai fait pour m’en sortir, pour retravailler, quel traitement on m’a prescrit à l’époque.

D’autres témoins me racontent leur nouvel emploi du temps, celui de l’arrêt maladie (une parenthèse de culpabilité) et me demandent mon avis.

Mon seul mérite : avoir été malade à une époque où la maladie « burnout » n’était pas médiatisée. Une chance car les marchands de bien-être en entreprise n’avaient pas encore jeté un voile bien opaque sur nos maux, entrainant dans leur sillon coaches et autres gourous du développement personnel.

Alors je me permets un petit partage d’expérience, entre vous et moi.

Avoir du chagrin
Vous n’allez pas me croire mais sachez-le, avoir du chagrin, pleurer, être découragé, c’est normal, c’est ce qui fait de nous des humains. Dans le cas de l’épuisement professionnel, cette peine a le goût amer de la colère et de l’injustice. Immense, injuste et tout à fait normale puisque les malades du « burnout » et de toute autre forme d’épuisement professionnel ont été sanctionnés d’avoir bien fait leur travail.

Notre chagrin est normal donc, il est réactionnel et très différent des symptômes des maladies psychiques, ces pathologies étant distinctes et diagnostiquables grâce aux données des nomenclatures officielles des maladies.

Allez pleurez, faites-vous du bien.

Parler, encore et encore
AFBO-psychologieDans mon dernier billet, j’évoquais les cellules d’écoute psychologique mises en place pour toutes les victimes des attentats. Sur les plateaux de télé, ces médecins urgentistes le rappellent également : il faut parler au plus vite et ne pas laisser la douleur s’installer.

Je n’avais pas trouvé la « bonne » personne à qui parler et le trauma a refait surface quelques années plus tard, en la personne d’un contact professionnel dont la seule évocation du nom me faisait horreur… Rien de grave, j’ai parlé à un médecin « qui soigne par la parole » (c’est rare mais on en trouve) et la question fut réglée en l’espace de quelques semaines.

Il y a le trauma et la trace qu’il laisse, alors essayez de trouver un professionnel qui sait écouter et qui saura comprendre sans vous enchainer à une camisole chimique.

Ne culpabilisez pas
AFBO-sleeping wifeComme on ne savait pas mettre un nom sur la maladie, il n’y a pas eu diagnostic. J’ai juste indiqué à mon médecin traitant que j’avais sommeil en permanence, qu’il me fallait dormir à tout prix.

J’ai tendance à dire que ma nuit dura six mois, de longues heures de sommeil et deux siestes par jours, des problèmes de concentration des maux de têtes, une intolérance à la lumière et au bruit et j’en passe. Ma nuit dura sis mois car il me fallait reconstituer mes réserves physiques et intellectuelles, mon cerveau aussi m’avait dit « stop ».

Personne pour me tenir des propos culpabilisants : « mais vous faites quoi de vos journées ?». C’est ce qu’entendent trop souvent nos protégés, de la part de leurs proches, de leur médecin du travail aussi.

Un « burnout » est un fracas qui ne s’éloigne pas en quelques semaines. Les autres formes de l’épuisement professionnel ne doivent pas non plus être prises à la légère.

Ne culpabilisez pas, éloignez-vous des ignorants et une fois encore : parlez !

Défendez-vous
La culpabilité est très caractéristique chez nos protégés. Comme si être épuisé n’était pas une vraie maladie. Par ailleurs, nos témoins sont tous des responsables de services, des experts dans leurs domaines, alors se retrouver en arrêt pour se reposer est difficile pour eux.

Cette culpabilité est à son comble quand vient l’heure de se défendre. La maladie « burnout » est dans la majorité des cas la conséquence d’un changement majeur, brutal et durable du rythme de vie professionnelle.

La maladie est traitre, elle s’immisce en vous pour un bon moment. Pour peu que le diagnostic et le traitement médical soient erronés, certains symptômes s’accentuent. Pour des raisons médicales et professionnelles, il est difficilement envisageable de reprendre ses précédentes activités.

AFBO-lawPrendre conseil auprès d’un avocat, évoquer une procédure devient une nécessité : faire reconnaître le mal qu’on nous a fait, tourner la page, se projeter dans un avenir professionnel.

J’ajoute que l’emballement médiatique autour de la reconnaissance du « burnout » comme maladie professionnelle (désolée de me répéter !) a surtout eu pour effet de générer beaucoup d’espoir. Cette reconnaissance est déjà possible mais complexe et surtout, son issue est aléatoire.

Alors, ne culpabilisez-pas, et rappelez-vous que vous n’attaquez pas, vous vous défendez !

Peau neuve
J’ai toujours l’impression que dans la vie « chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il a ». Nous n’avons pas tous le même constitution physique ou psychologique, le même degré de résistance, ni les mêmes besoins.

Je suis convaincue que le « burnout », comme toute épreuve de la vie, est une étape pour faire le point sur ses besoins, un chemin vers soi.

Les choses ne seront plus jamais comme avant. En ce qui me concerne, et dès que j’ai eu la certitude de pouvoir me sortir de ce cauchemar (me reposer sur mon avocat et me reposer tout court), j’ai dressé une liste de mes projets : chercher un nouveau travail, élargir mon champ de compétences et apprendre à les vendre mes plutôt que de vendre ma sueur, changer d’apparence, changer d’intérieur, peut-être même de logement, changer d’habitues en somme.

Le cerveau humain fonctionne par associations. Faire peau neuve fut pour moi une façon bien simple et très concrète d’éloigner de mon regard de tout ce qui pouvait me rappeler de près ou de loin ceux qui m’avaient entrainé dans cette nuit.

Je suis certaine que le « burnout » est une façon de se recomposer, de se retrouver, de se relever.
Et vous, vous en pensez-quoi ? Voulez-vous faire peau neuve ?

Si vous voulez témoigner, être publié (sous réserve d’adhésion) ou réagir, vous pouvez le faire sur Twitter (@AssoBurnOut) ou en nous écrivant : contact.

Vous pouvez aussi aider la communauté des personnes touchées en recommandant des professionnels : mieux vous aider , en faisant un don ou en adhérant.

Auteur : Léa Riposa
Publié le 29 novembre 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.