Poison maudit

AFBO-visibilté BOL’actualité de l’AFBO étant très riche, dès dimanche prochain, nous passerons à l’heure d’été si j’ose dire, puisque nos billets seront publiés un dimanche sur deux jusque début septembre.

Il ne s’agit pas d’un éloignement, au contraire, puisque nous préparons notre première Assemblée Générale ainsi que diverses réunions importantes.

Cette semaine encore, j’ai eu le plaisir d’échanger avec quelques adhérents de la première heure qui ne se reconnaissent pas dans le débat sur le « burnout ». Pas étonnant puisque les personnes touchées sont les grands invisibles du débat actuel. 

Justement, cette semaine, deux témoignages ont particulièrement retenu mon attention.

Des patients psychiatriques ?
L’une travaille dans le secteur social, l’autre est médecin. Dans les deux cas, aucun diagnostic précis n’a été posé, mais ces personnes ont néanmoins été considérées d’office comme des patients psychiatriques.

Livrés à eux-mêmes, ils ont eu recours à des « mauvais traitements », c’est-à-dire à des prescriptions importantes de psychotropes. Dès lors comment faire la différence entre les effets secondaires et les symptômes de l’épuisement professionnel ?

AFBO-tabletsAujourd’hui, la première entrevoit un avenir professionnel grâce à un employeur bienveillant, l’autre se demande comment il va poursuivre sa carrière.

Pourtant, à lire leur histoire, racontée avec force détails, il apparait que les symptômes du stress, bien connus des médecins étaient présents il y a des années déjà.

Les symptômes du stress sont d’abord très physiques mais il est n’est pas intuitif de faire le lien entre des douleurs cervicales, une dent cassée pour cause de bruxisme (1), des douleurs aux pommettes et un stress professionnel.

Si vous avez déjà parcouru notre page Avancées médicales, vous savez que des études au niveau mondial sont réalisées sur le stress (taux de cortisol).

À l’heure où le « burnout » n’est considéré que sous l’angle des risques psycho-sociaux, il est grand temps de s’intéresser à la maladie.


Fuir ou lutter

Le corps humain est une merveilleuse machine. Quand un être humain se trouve en situation de danger, tout un système d’auto-préservation se met en place pour nous sauver la vie.

Au cœur de ce dispositif, le cortisol, une hormone sécrétée en cas de stress. Une fois le danger passé, le taux de cortisol redevient normal.

Mais en cas d’exposition prolongée au stress, ce taux reste élevé et provoque des dysfonctionnements au niveau de ce système interne de régulation.

Dès lors, cette action protectrice devient toxique et provoque des troubles tels que la prise de poids, des risques de maladies cardio-vasculaires, une baisse des défenses immunitaires. Que je sache, tous ces symptômes sont très physiques non ?

D’ailleurs, on peut tomber malade et ne subir aucun confit. « Lorsque vous aimez votre travail, un poste à responsabilités et que vous n’avez aucun souci professionnel, allez-vous vous vous mettre en arrêt maladie parce que vous avez des crevasses sous l’oeil ? » Voici ce que m’a confié l’un d’entre nous.

Mais il arrive (et c’est le cas le plus courant que nous observons à l’AFBO), que l’être humain ne puisse ni fuir ni lutter contre une attaque. Dans ce cas, diverses perturbations pathologiques apparaissent, d’abord physiques, puis psychologiques. Normal, qui résiste sur le long terme à des actes de malveillance souvent associés à une charge de travail hors norme ?

Cela justifie-t-il une camisole chimique, un internement psychiatrique ?


Poison maudit

Pour ma part, et avec le recul, je me souviens avoir vécu ce burnout comme un lent poison, administré au goutte-à-goutte. De médecins en spécialistes divers, il n’a jamais été possible de poser un diagnostic.

Cartésienne et rationnelle, je pensais que des brûlures musculaires ne pouvaient être dues qu’à une activité sportive intensive et non à des heures de travail, à des périodes répétées de décalage horaire.

Être frigorifiée en plein été, pas grave, ça va passer. Quand plus tard, survient la désillusion professionnelle et le choc émotionnel qui l’accompagne, c’est trop tard. Le mal est déjà fait. A l’épuisement physique s’ajoutent l’épuisement émotionnel et les troubles cognitifs.

Aujourd’hui, j’ai perdu toute force musculaire, pas si grave au fond. J’ai mis des mois à m’en remettre mais je suis debout, j’ai pu retravailler, j’ai obtenu réparation. Tous n’ont pas cette chance et l’AFBO a été fondée pour eux, pour vous.

Je lis vos témoignages et je me dis qu’il est temps que la médecine se penche sérieusement sur les maladies du stress et de l’épuisement professionnel, et qu’elle établisse des critères de diagnostic. Surtout, si nous sommes confrontés à un enjeu de santé publique.

La tâche semble rude mais nous y travaillons. C’est d’ailleurs notre priorité n°1 !

Comme d’habitude, n’hésitez pas à réagir (contact) , diffuser ou nous rejoindre. Vous pouvez aussi nous suivre sur Twitter : @AssoBurnOut.

Merci pour cette lecture et pour votre soutien !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 7 juin 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.

 

(1) le bruxisme est un serrage dentaire autrement dit, un grincement dentaire qui survient, entre autres, en cas de stress, durant le sommeil ; ce phénomène peut être notamment à l’origine de douleurs dentaires (dent fendue), de douleurs aux cervicales, aux pommettes.