Prédispositions

Nous avons été récemment sollicités par diverses publications pour apporter des témoignages relatifs à la dépendance au travail. Comme si le burnout trouvait forcément son origine dans le sujet lui-même, anxieux ou peu équilibré de nature…

Prédispositions
Je ne compte plus les articles sur le sur-engagement, la dépendance au travail. Sur quoi reposent les affirmations avancées par ces experts ? Mystère…

Très récemment encore, sur un plateau télévisé, l’un des invités affirme sans rire que le profil type de la personne touchée serait « une jeune femme seule, en couple, sans enfant »… d’après la… littérature. De quelle littérature médicale s’agit-il ? Nous ne le saurons pas.

L’expérience collective de l’AFBO
Si l’on s’attarde sur les adhérents de l’AFBO, nous comptons autant de femmes que d’hommes, une majorité de cadres d’expérience mais de nombreux trentenaires également. Ils sont basés en province en légère majorité. La plupart d’entre eux n’ont aucun antécédent médical, ils sont cadres de haut niveau (public, privé), gèrent de nombreux collaborateurs et autant de projets. Parce qu’ils sont un rouage indispensable de l’organisation, ils sont souvent sur-sollicités. C’est leur fonction, leur champ de responsabilités qui sont à l’origine de ces sur-sollicitations, il n’y a rien à chercher du côté d’un quelconque sur-engagement.

Le travailleur peut ainsi continuer des années sans qu’aucune pathologie professionnelle ne survienne. Le travailleur prend ses congés, il est respecté, reçoit des marques de reconnaissance…

Dans les cas de burnout, les circonstances professionnelles changent de façon brutale et durable. Absence d’écoute face aux nouvelles difficultés, surcharge de travail, nouveau temps de trajet, diminution des prérogatives… Ce sont bien ces évènements qui constituent le terreau du burnout.

Données épidémiologiques
La littérature épidémiologique française existe, issue de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) ou de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale qui en 2014 a pu mesurer la prévalence en cas de souffrance psychique au travail vus en médecine générale.

Je pourrais aussi citer le RNV3P, réseau national de vigilance et de prévention en santé au travail qui regroupe tous les centres de consultation de pathologies professionnelles.

Pourtant, les données issues de ces études sont locales (étude sur une région du Nord), spécifiques à un groupe ou générales (« les problèmes de santé au travail signalés dans les consultations » ou « chez les professionnels de santé salariés de différentes spécialités »).

Le problème c’est que le burnout est difficile à identifier car il n’y a toujours pas de consensus de la communauté médicale pour définir cette maladie.

Les données les plus probantes et rigoureuses proviennent de la biologie, à la faveur de recherches menées en dehors de l’hexagone. Même si l’entité est encore mal définie, certains dérèglements sont propres aux patients atteints de burnout.

A ma connaissance, il n’y a pas encore de groupe de travail émanant de « sociétés savantes » françaises. L’établissement de critères cliniques fiables et officiels permettrait pourtant de mettre fin aux dérives si souvent constatées en matière de prise en charge et de prévention.

 

Auteur : Léa Riposa
Publié le 11 novembre 2019.