Protection ou surveillance ?

LCE-newsAprès les mauvaises ondes du mois d’avril, cette semaine, on a eu droit à une véritable cacophonie sémantique, à l’occasion d’un vrai/faux débat sur la reconnaissance du « burnout » comme maladie professionnelle à l’Assemblée nationale.

Ces acteurs médiatiques ont ils simplement conscience de l’impact des mots sur les malades et leurs familles ?

Une perle parmi d’autres… Pour le député hyper médiatisé de la semaine, le « burnout n’est pas une maladie » (RMC, 27 mai) mais il faut que « (…) patronat et syndicats parviennent à s’entendre »… sur une définition (Libération, 26 mai).

Cette overdose de désinformations a simplement généré un grand espoir et donné lieu, à l’AFBO, à une recrudescence de demandes liées à la reconnaissance du caractère professionnel du « burnout ».

Petite mise au point…

Des amendements jugés irrecevables
Aucune loi sur la reconnaissance du « burnout » comme maladie professionnelle n’a été votée.

Le « burnout » n’est toujours pas inscrit aux tableaux des maladies professionnelles.

L’amendement le plus favorable aux malades (n°572 déposé par Madame Bechtel, non disponible) n’a pas été jugé acceptable car il aurait généré des charges publiques supplémentaires (1).
Vous noterez que le refus est motivé par une question de finance et non de santé publique (toujours pas un mot sur les patients).

Les amendements adoptés constituent une avancée timide car le texte sera revu (reconnaissance de la maladie professionnelle).

Même si c’est plus difficile, il est déjà possible de faire reconnaitre le caractère professionnel d’un épuisement professionnel, d’un « burnout » ou d’une autre souffrance psychique liée au travail habituellement exercé (processus de reconnaissance).


Petits arrangements entre amis ?

Celui que je cite parfois dans ces pages, « le désastrologue-préféré-des-médias » (qui brule d’une fièvre envers notre cause depuis que je lui ai moi-même parlé de la création de l’AFBO), s’est fait plus discret ces derniers temps. Mais cet excès de pudeur ne lui fait pas pour autant oublier ses intérêts.

AFBO-fistDe toute évidence, il a trouvé des soutiens (divers groupes de médecins et députés) et même un porte-parole en la personne d’un député (en mal de combat ?) qui se dit engagé, mais engagé à quoi ? auprès de qui ?

Les éléments de réponse ont été apportés très brièvement par une journaliste, quelques heures avant le fameux débat à l’Assemblée Nationale (La Nouvelle Edition, date non notée), en substance :

. difficile de reconnaître la maladie professionnelle puisqu’il existe un flou sur le « burnout »,

. cette reconnaissance permettrait de faire payer les entreprises puisque les coûts seraient supportés par la branche AT/MP de la Sécurité sociale,

. mais cela contribuerait à faire reconnaitre les risques psycho-sociaux.

Nous y voilà ! Une fois encore, il n’est pas question de reconnaître les salariés, encore moins les patients, mais de reconnaître une spécialité souvent controversée : la prévention des risques psycho-sociaux (RPS), autant dire favoriser la reconnaissance de cabinets qui vivent de la souffrance professionnelle.


Une prévention très primaire

Je ne suis pas opposée à la prévention des RPS mais, en ce qui concerne le « burnout », je demande à sortir de cette vision unidirectionnelle, j’appelle à une alternative.

Pourquoi ?
. Le « burnout » est une maladie bien réelle, un processus autant qu’un état et il est temps que la médecine s’y intéresse pour un diagnostic précoce et différentiel (entre dépression et autres troubles de l’épuisement professionnel) et une prise en charge optimale des patients.

. La mise en place d’un plan d’actions de prévention des RPS est déjà obligatoire dans les entreprises de plus de 1000 salariés depuis 2008.

AFBO-statisticsLes actions de ces cabinets sont souvent l’objet de critiques : absence de rigueur scientifique, efficacité non prouvée, la prévention vise les symptômes et non les causes, elle vise surtout à détecter le salarié qui n’arrive pas à s’adapter à l’organisation du travail (on l’écarte ou on le dirige vers une formation en gestion du stress).

Je suis donc en droit d’être inquiète car la seule résolution qui existe ne vise qu’à généraliser ces actions de prévention.

Une drôle d’activité ces cabinets tout de même : ils regroupent notamment des médecins qui ne soignent pas mais qui sont du côté de l’employeur, et que deviennent les données de santé collectées au travers de tests anonymes ? Alors, protection ou surveillance ?


Entreprises et salariés libérés !

Je n’ai pas la réponse à cette dernière question mais l’AFBO n’est pas seulement une communauté de patients, nous sommes aussi une communauté de compétences.

La maladie ne nous définit pas et nous aimons notre travail, notre métier qui est parfois une vocation. Inutile d’aller chercher des problèmes d’adaptation ou de surengagement.

La maladie est réactionnelle, nous n’avions pas de problèmes de santé ni d’adaptation « avant ». Vos témoignages montrent bien que les travailleurs touchés ont vécu leur conflit, puis leur maladie comme une confiscation.

J’ai acquis la conviction que ce n’est pas le travail qui est source de souffrance mais les circonstances, très diverses, qui aboutissent toujours à cette privation du travail bien fait.

AFBO-élan vitalAu-delà du soutien urgent et direct que nous essayons de prodiguer aux malades, nous espérons apporter une respiration nouvelle dans ce débat.

La vraie prévention n’est-elle pas de réconcilier les entreprises et les salariés ? Au fond de revenir à un contact vrai et humain, là où les préventeurs, aux travers de leurs questionnaires, risquent de creuser davantage l’écart entre les salariés et leurs entreprises ?

Qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à réagir (contact), à partager ou à nous rejoindre. Nous avons besoin d’adhérents pour faire entendre la voix des malades et « avancer nos pions ».

N’oubliez pas de nous suivre sur Twitter : @AssoBurnOut

Merci à tous !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 31 mai 2015.
Mis à jour le 2 juin 2015, après informations auprès du Sénat).
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.

 

 

(1) C’est l’article 40 de notre Constitution qui l’ordonne par un principe d’irrecevabilité financière de certaines propositions de lois, d’amendements présentés par les députés ou sénateurs dès lors qu’elles ont un impact négatif sur les finances.