Reconnaître la réalité du syndrome

Ce billet est dédié plus que jamais à Hervé C., Aurélie B., et Anne T.

La petite phrase
« Je ne sais pas ce que vous avez. Je ne sais pas trop quoi vous dire, si je vous envoie à…, vous allez vous retrouver chez les toxicomanes, si je vous envoie chez…, vous aurez droit aux malades psychiatriques. Restez chez vous et passez me voir dans une semaine. »

Inutile de décrypter. Cette phrase a été prononcée par mon médecin traitant lorsque j’ai vécu l’effondrement du syndrome d’épuisement professionnel. A l’époque, heureusement pour moi, la maladie n’était pas tant médiatisée.

AFBO-CirculatoryPendant de nombreux mois, mon corps fut assailli de maux très physiques. D’un esprit plutôt cartésien et rationnel, j’ai commencé à consulter quelques médecins du sport, rhumatologues et endocrinologues. Aucun diagnostic n’est posé et surtout, les relevés biologiques sont tous normaux. Déjà à l’époque, je me disais que l’on ne regardait pas « au bon endroit » mais je ne connaissais rien aux effets du stress sur le corps humain.

Bien entendu, j’avais parfaitement conscience de mes problèmes professionnels mais à aucun moment je n’ai fait le lien entre ces multiples dysfonctionnements et la modification brutale et durable de mon rythme de vie professionnel.


Une maladie professionnelle

Lorsque l’effondrement est arrivé, j’ai eu la chance de pouvoir me reposer (une nuit de six mois), j’ai pu prolonger mes arrêts de travail autant qu’il fut nécessaire. Mes symptômes ont commencé à disparaitre, lentement mais surement, les uns après les autres. Peu à peu, j’ai moins dormi, mes douleurs musculaires se sont atténuées, j’ai pu lire à nouveau sans avoir à subir de terribles maux de tête, j’ai pu me redresser et marcher jusqu’à deux heures par jour.

AFBO-To sign a contractAssez rapidement, j’ai du faire appel à un avocat pour mettre fin au contrat de travail toxique qui avait causé ma maladie. J’ai appris quels étaient mes droits, tout simplement. J’ai appris aussi que derrière chaque préjudice subi, il y avait une réparation possible.

La reconnaissance, à laquelle ont droit toutes les personnes touchées, ça commence là, inutile d’attendre que la maladie soit inscrite dans les tableaux des maladies professionnelles.

Mais sachez que la maladie laisse des séquelles très physiques. Alors pourquoi ne pas travailler sur le diagnostic, le dépistage et bien entendu sur une prise en charge adaptée ?

Cette déflagration, je l’ai vécue il y a très longtemps et je constate que les choses n’ont pas beaucoup changé depuis. Pire, à l’errance diagnostique s’ajoute l’errance thérapeutique avec tous les risques que l’on imagine.


Reconnaître la réalité du syndrome

On parle de syndrome quand la maladie n’est pas officiellement classée, quand les symptômes sont nombreux et imputables à d’autres maladies.

AFBO-DoctorLe syndrome d’épuisement professionnel n’est pas un cas unique. D’autres syndromes existent incitant les associations de patients à travailler avec les autorités de santé pour élaborer des recommandations de bonnes pratiques destinées aux médecins généralistes par exemple.

Cet arbre décisionnel relatif au diagnostic du syndrome d’épuisement professionnel éviterait que les malades deviennent des patients psychiatriques.

A plus long terme, un programme de recherche médicale (à mener idéalement avec les patients) orienté vers un diagnostic précoce et différentiel (« burnout » / dépression) offrirait des perspectives de prévention efficaces et de nombreux avantages :

pour le travailleur
. éviter que l’état de santé ne se dégrade jusqu’au stade de l’effondrement,
. se prémunir des séquelles et autant de risques de douleurs et fatigue chronique,
. se protéger des prescriptions abusives de psychotropes (rarement justifiés),
. un lien de causalité directe et essentiel plus facile à prouver entre la maladie et le travail habituellement exercé,

pour le médecin
. une meilleure connaissance de la maladie, laissant moins de place à l’interprétation,
. possibilité d’écarter tout risque de maladie organique ou de maladie psychique,
. orienter vers un médecin compétent et à l’écoute tout en évitant les prescriptions de psychotropes,

pour l’entreprise
. une prise de conscience de la maladie professionnelle de façon « non punitive »,
. une incitation à travailler sur d’autres formes d’organisations associant réellement performance économique et bien-être au travail.


Des malades orphelins

C’est d’abord mon parcours de malade qui m’a inspiré cette orientation ainsi que la création d’une communauté de patients-experts. Cette conviction s’est renforcée lorsque j’ai commencé à écouter les témoignages de nos protégés, « des malades orphelins ».

AFBO-Businessman aloneNombreux sont ceux qui m’écrivent qu’ils sont sous traitements antidépresseurs et anxiolytiques (depuis 1 à 2 ans), qu’ils ne se sentent pas beaucoup mieux et que leur dossier « juridique » n’avance pas. Ils se retrouvent dans un cul-de-sac médico-juridique. Le temps passe et les indemnités journalières avec.

La souffrance psychologique qui s’en suit est bien compréhensible mais elle est réactionnelle, tout comme la maladie elle-même.

Certains ont une telle demande d’accompagnement qu’ils acceptent la moindre source de réconfort, y compris de se confier à des journalistes, avec des risques de déception d’autant plus violente si la reconstruction n’est pas encore terminée.

Je pense qu’il est temps de mettre fin à cette errance diagnostique en redonnant la parole aux patients et à la médecine, surtout en cessant d’associer systématiquement cette maladie aux risques psychosociaux, comme un principe acquis.

Ne vous y trompez pas : les enquêtes pour détecter les fameux risques psychosociaux sont commandées, certes, par les CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) mais payées par des employeurs souvent peu bienveillants.

Mais comme d’habitude, c’est à vous de vous faire une opinion !

La prochaine fois, je vous parlerai d’un mode de management ou plutôt d’une organisation du travail à la fois innovante, performante et bienveillante.

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Auteur : Léa Riposa
Publié le 22 février 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.