Réparation ou reconnaissance

AFBO-lawBillet à dédié à D.K. dont j’attends des nouvelles avec impatience.

Le grand ramdam du « burnout » et de la reconnaissance de la maladie professionnelle a commencé il y a bientôt 3 ans, depuis qu’un prophète du malheur a compris qu’il s’agissait d’un bon filon autant que l’occasion d’une exposition médiatique sans précédent.

Il n’aura échapppé à personne que la communauté des patients n’a jamais été consultée ni associée à ces débats. Et ce n’est pas faute d’avoir informé les médias.

J’ai donc approché une à une toutes les autorités impliquées dans la reconnaissance du burnout comme maladie professionnelle. J’avoue que la dernière réunion m’a laissée perplexe.

Ne vous méprenez pas, tous mes contacts n’ont qu’une vocation : servir l’intérêt général. Mais ont-ils les moyens ? Ont-ils accès à toutes les informations ? C’est une autre affaire.

Le « burnout », un concept
Comme à chaque réunion, mon but n’est pas d’influencer mais d’indiquer que nous existons et qu’il faudra à un moment ou à un autre nous associer dans ce débat. Nous grandissons de jour en jour et de plus en plus d’experts souhaitent s’associer à notre projet.

Donc, lors de ma dernière entrevue dans l’un de ces ministères, je présente notre projet social en insistant, comme toujours, sur l’impérieuse nécessité de faire reconnaitre la maladie avant même son caractère professionnel, puisque le « burnout » n’est pas autre chose qu’une maladie professionnelle.

J’explique également les différences que nous observons entre le burnout et les autres formes d’épuisement professionnel puisque le « burnout » se caractérise par un épuisement intellectuel et qu’indépendamment de la résistance de chaque individu, toutes les professions ne requièrent pas le même niveau de sollicitations intellectuelles.

Mais je sens que j’ai en face de moi quelqu’un de tenace qui veut absolument conclure par un « enfin, vous savez bien, tous les disent, le burnout est un concept ».
AFBO-Concept
C’est qui « tous » ? Les experts qui ont fait leurs armes dans années 80-90 ? Les prophètes du malheur et faux lanceurs d’alertes qui en profitent au passage pour vendre leurs expertises ? Et que l’on ne me dise pas que ces derniers ont leur utilité puisque « grâce à eux, on en parle », cela ne marche pas. Ils ne réussissent qu’à freiner l’action des malades.

Pour l’avoir vécu dans ma chair, avant même nos protégés, croyez-moi, le « burnout » n’est pas une idée générale et abstraite.

Mais tant que le « burnout » ne fera pas son entrée dans les amphithéatres de la Faculté de médecine, il nous faudra lutter contre l’ignorance et la cécité.

Reconnaître
Assis à ma droite, le responsable de la réparation des maladies professionnelles, le plus attentif de tous. Il m’interroge : comment pouvez-vous orienter notre démarche et quelle est votre position sur la reconnaissance de la maladie professionnelle ?

Je suis claire : je ne souhaite ni influencer ni orienter, je suis là pour faire entendre notre voix et agir avec rigueur. Concernant la maladie professionnelle, c’est une demande très forte de nos protégés, c’est la raison pour laquelle ce projet est maintenu mais ce n’est pas la priorité.

J’explique (mais ils le savent tous autour de la table) que le texte précisant que les maladies psychiques peuvent désormais être reconnues comme maladies professionnelles ne change rien pour les personnes touchées. Par ailleurs, je martèle que le « burnout » est d’abord une maladie physique, une pathologie extrême du stress et non une maladie mentale.

AFBO-tabletsJe ne cite qu’un exemple édifiant, qui me serre le cœur à chaque fois que j’y pense : l’une de nos adhérentes à qui l’on a administré des substances psychoactives qui ne lui apportent aucun mieux-être mais de nombreux effets secondaires, m’a demandée si elle pourrait, une fois le reconnaissance obtenue, arrêter ce traitement qui la fatigue et l’essouffle.

La même adhérente qui, quelques semaines plus tôt, m’avait avoué ce que son médecin avait écrit sur le certificat médical : dépression sévère alors qu’elle est « juste » épuisée.

Le prophète de malheur qui s’est emparé de notre maladie et de notre destin ne dit pas autre chose : dépression par épuisement, état de stress post-traumatique, comme on me l’a suggéré au Sénat.

Il faut donc se faire passer pour dépressif sévère ou en état de stress post-traumatique pour que la demande de reconnaissance aboutisse !?

Réparer
Je ne lui ai pas parlée, je l’ai juste écoutée. Elle tenait à peine debout en salle Colbert (Sénat) ce 2 juin 2014 lors d’un colloque, organisé par le désastrologue, afin de débattre sur la reconnaissance du « burnout » en maladie professionnelle.

Je ne me souviens que de sa frêle silhouette, de son dos légèrement vouté. Elle conclut son intervention en indiquant que le montant de sa rente est fixé à un peu plus de 500 euros mensuel (1) alors que son taux d’incapacité permanente partielle a été évalué à 65%.

AFBO-Under pressureLa reconnaissance n’est pas la réparation. Alors que dans son cas, comme dans le cas de nos protégés, le « burnout », est le résultat d’une pression professionnelle hors norme, une pression externe sans aucun rapport avec des évènements non professionnels.

Comment le savoir ? C’est simple : il y a un avant et un après, un changement brutal et durable du rythme de vie professionnelle, un leurre sur le contrat de travail qui provoque la désillusion si douloureuse et si caractéristique du « burnout ».

Ces travailleurs ont des compétences, un savoir-faire spécifique, ils ont été nommés à des postes à responsabilités. Ils n’ont pas de relations pathologiques au travail, c’est leur niveau de qualification et leur place dans l’organigramme qui expliquent aussi leur engagement.

Tout cela peut durer des années sans qu’il y ait épuisement. Un jour, leur destin professionnel prend une autre tournure, à la faveur d’une réorganisation, d’une nomination : malveillance, brutalités, placardisation, harcèlement ou travail dissimulé, la liste des délits est longue.

Ces « tous » oublient que la maladie « burnout » est indissociable du contrat de travail.

AFBO-LawCe contrat tant espéré devient parfois synonyme d’enfermement, de potentat. Comment s’en sortir autrement que par voie juridique ? Pour se libérer mais aussi pour se protéger sur le long-terme car comment revenir à la vie active après avoir eu recours à la justice ?

Ces « tous » semblent également ignorer les contraintes des processus de recrutement liés aux postes de cadres.

Nous sommes loin très loin d’une idée générale et abstraite que véhiculent ces acteurs médiatisés…

En 2012, j’eus d’abord eu l’idée de lancer un blog pour échanger avec d’autres cadres sur les difficultés de nos métiers. En rencontrant la plupart de ces « tous », j’ai été tenaillée par l’incertitude, un doute suffisamment grand (et j’espère vertueux) pour que ce projet de blog devienne l’AFBO.

Si vous vous reconnaissez dans notre projet, si vous voulez véritablement faire reculer la maladie, rejoignez-nous ou suivez-vous sur Twitter (@AssoBurnOut). Si vous voulez échanger, contactez-nous.

Merci à tous pour votre soutien.

Auteur : Léa Riposa
Publié le 4 octobre 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.

 

 

(1) Je n’ai plus le chiffre exact en tête, nous devions recevoir un enregistrement audio qui a finalement été annulé (comme par hasard !), on y entendait votre dévouée remettre en cause les chiffres énoncés et annoncer la création de l’AFBO…