Savoir dire non

Comment ne pas éprouver de la colère en lisant cette injonction si courante quand il est question d’évoquer les causes du burnout !

Nous serions donc incapables de dire non ! Nous serions donc parfaitement responsable de tous nos maux. On voudrait stigmatiser et minimiser la secousse du burnout, on ne s’y prendrait pas autrement.

Quand j’ai dit non
La chose est plus complexe… Il existe effectivement des profils extrêmement perfectionnistes, qui éprouvent le besoin de travailler le week-end alors que la hiérarchie ne leur a rien demandé. Cela existe mais c’est assez rare. Et quand bien même ! Ne revient-il pas au manager de recadrer, d’expliquer, de fixer des limites ?

Dans la plupart des témoignages, l’affaire est plus complexe. Pour l’avoir vécu, j’ai le souvenir d’un engrenage, qui a commencé au moment où justement j’ai fixé des limites, où je me suis « rebiffée ». Au moment où j’ai dit non.

Une affaire d’emprise
À l’époque, on ne parlait pas de burnout ni de bonheur / santé au travail. Mon repère à moi c’était mon contrat de travail. Cette prise de poste je l’avais vécue comme une lune de miel, entourée de professionnels très (trop ?) bienveillants. Utilisant à dessein un vocabulaire personnel et protecteur, je n’ai rien vu venir. « C’est vous qui voyez Léa »… Au contraire des tentatives de dévalorisation qui sont assez courantes dans les cas de souffrance au travail, je me souviens plutôt d’une volonté claire de « me charger » plus que de raison. « Vous êtes la seule à pouvoir faire… ». Nous étions une minuscule unité que l’on pourrait aujourd’hui qualifier de « startup ». Avec le recul et les connaissances qui sont les miennes aujourd’hui, je crois pouvoir dire que cette forme de chantage permanent a donné naissance à une forme d’emprise.

Reconnaitre
Comment on s’en sort ? Comment avoir conscience de cette emprise ? Dans mon cas, ce fut mon entourage et surtout les médecins. Mes constantes biologiques étaient normales alors que de toute évidence « mon corps partait en sucette ». Pour d’autres ce sont donc les proches qui alertent. D’autres fois il y a l’affront de trop qui provoque un électrochoc…

Il ne s’agit pas de déni mais d’une situation plus complexe, une maltraitance sourde qui s’installe sans qu’on y prenne garde. Fuir ou lutter parait-il. Encore faut-il avoir conscience du danger.

Cette prise de conscience peut prendre du temps car on est comme sidéré de ce qui arrive. Comment, pourquoi s’en prendre à moi alors que j’ai si bien fait mon travail ? Et que vais-je devenir ? Entre peur et culpabilité de devoir se retourner contre l’employeur qui a donné sa chance…

Vous aider
Nous sommes une petite équipe de bénévoles dont deux formidables chargés d’accueil qui pourront vous lire et vous répondre. Plus tard, je l’espère, nous pourrons vous offrir un numéro d’appel. N’hésitez à nous écrire, à partager, ce sera sans doute un premier pas vers la « vie d’après », la reconstruction, la guérison.

Dans l’attente, méfiez-vous des injonctions au bonheur et des discours des gourous de la psychologie positive…

 

Publié le 30 septembre 2018
par Léa Riposa.