Une prévention très primaire

AFBO-experience-A chaque fois que je pense que l’AFBO a contribué à mieux faire connaître la maladie « burnout », je réalise qu’il n’en est rien et qu’il reste beaucoup à faire. Il y a quelques jours, on me lance « mais comment tu peux savoir que c’est pas une dépression ?».

Je me lasse de ce genre de questions. Pendant que je tente de répondre, un peu agacée, je pense à tout ce ramdam médiatique autour du « burnout » et vos témoignages défilent dans ma tête. Je pense à vous, au combat que vous livrez et j’ai le cœur serré. Ces enchaînements de publications et de reportages n’auront donc servi à rien ?

Je me suis livrée à une petite revue de presse (depuis 2011) et force est de constater les cabinets de prévention des risques psychosociaux ne sont jamais très loin puisque le « burnout » n’a toujours pas fait son entrée en Faculté de médecine.

Le « burnout » est toujours considéré (réduit !) comme un risque, une probabilité, une chose pas très sure mais qui pourrait arriver, alors pour s’en prémunir, les employeurs font appel à des spécialistes, des préventeurs. D’ailleurs, la mise en place d’outils de prévention est obligatoire pour les entreprises de plus de 1000 salariés (Protection de la santé des travailleurs – RPS).

Compte tenu de vos témoignages et du peu d’études relatives à l’efficacité de ces méthodes, le doute est permis. Après quelques années de recherche et quelques mois d’expérience à l’AFBO, j’ai bien l’impression qu’on a surtout affaire à une prévention très primaire…

Il existe 2 écoles de prévention des risques psychosociaux : l’une « organisationnelle », l’autre « médicale » (plutôt psychologique en fait). Dans les deux cas, ces intervenants ne cherchent pas à comprendre ce qui génère du stress chez les travailleurs, ce n’est pas leur vocation, même s’ils ne nient pas cette souffrance. Partant de ce constat, je ne comprends pas en quoi ces méthodes contribueraient à faire reculer une maladie telle que le « burnout ».

Parmi mes constats et questionnements :
. une tendance à « médicaliser » la souffrance, par conséquent, à reporter la responsabilité sur le salarié (je pense aux numéros verts d’écoutants),

AFBO-Businessman alone. la souffrance devient donc un problème individuel et non collectif,

. la prévention dite « secondaire » consiste en fait à dépister (comme ils disent, belle couche de vernis médical !) les salariés qui ne seraient pas adaptés pour les aider à mieux gérer leur stress grâce à des formations et autres coachings (ah, la nappe de pétrole !),

. exemple de méthodes utilisées par ces cabinets : outils de mesure du stress et de dépistage des troubles dépressifs au travers de questionnaires anonymes auxquels peuvent répondre des salariés volontaires lors de la visite médicale (le salarié peut ensuite communiquer et discuter de ces résultats avec le médecin, tout de même !),

. est-ce de la prévention ou une sélection par la santé ? il est donc possible de confier un questionnaire « médical » à une équipe non soignante ? Que valent ces résultats ? Comment sont ils utilisés en cas de procédure prud’homale ?

Alors effectivement, on n’est pas prêt d’y voir plus clair entre « burnout » et dépression ! Tant que l’on ne considérera pas la question du travail et du travail bien fait, le parcours du combattant continuera pour nos protégés.

AFBO-Pause-GlassesSavez-vous ce que j’ai répondu à cette dame dubitative : les personnes touchées par le « burnout » ont la volonté, les désirs, des projets mais le corps ne suit plus. Surtout, elles vivent un épuisement cognitif, intellectuel que ne connaissent pas tous les travailleurs.

A vous je peux le dire, ce qui me frappe chez nos protégés, c’est l’attachement à leur travail, un travail qu’ils voulaient bien faire (beaucoup vivent un conflit d’éthique). Permettre aux salariés de bien faire leur travail, plutôt que de les aider à s’adapter à un travail ni fait ni à faire, c’est peut-être ça la vraie prévention non ?

Et vous, vous en pensez quoi ? N’hésitez pas à nous faire part de votre avis, de nous alimenter par vos sources et témoignages (contact) ou à nous soutenir.

Merci à tous !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 12 avril 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.