Effets secondaires

AFBO-BrainIl y a quelques semaines, lors d’une réunion professionnelle, une interlocutrice me fait remarquer que je n’évoque pas l’AFBO lors de ma présentation.

Je lui réplique que l’AFBO est un engagement, non un travail. Elle insiste et me demande « mais le burnout c’est une maladie… ». Au lieu de terminer sa phrase, elle laisse son index tournoyer près de sa tempe pour me signifier « maladie mentale ». Je lui réponds qu’il s’agit d’une maladie extrême du stress, une maladie très physique au départ et difficile à diagnostiquer.

Comment lui en vouloir ?

Aucune précaution oratoire ni stylistique concernant le « burnout » ? Cette semaine, c’est dans une revue professionnelle dédiée au handicap (1) que les experts ont disserté sur notre dos dans un numéro consacré … aux risques psychosociaux et à la santé mentale. Cela faisait longtemps !


Perles et décryptage

(…) les RPS n’entrent pas dans l’immédiat dans les tableaux des maladies professionnelles.

Les risques psychosociaux (RPS) ne sont pas des maladies, à quel titre devrait-ils faire leur apparition dans les tableaux des maladies professionnelles ?

Les RPS ne font pas non plus l’objet d’une définition juridique mais recouvrent :
– le stress (subi),
– les violences internes (harcèlement moral, harcèlement sexuel),
– les violences externes (perpétrées par des clients par exemple).

Il s’agit d’une discipline dont la vocation est de prévenir des risques professionnels en entreprise (pour plus d’informations : protection de la santé des travailleurs (RPS).

Force est de constater que ces experts n’ont pas peur des raccourcis, mêlant souvent causes et conséquences, stress subi (violence effectivement externe) et stress ressenti (réaction physiologique face à une violence externe).

Vous noterez que les RPS sont des délits, déjà appréhendés par le droit.


« Suscitant des interrogations sur l’organisation du travail et les limites de l’individu, la frontière des RPS avec le handicap psychique est devenue poreuse, en raison notamment des troubles durables qu’ils peuvent engendrer ».

AFBO-PressionNous y voilà. En un tour de passe-passe, et après avoir entretenu le flou entre maladie (du ressort de la médecine) et RPS, on passe directement à la case handicap psychique et troubles durables (mentaux j’imagine !).

Trop facile ! L’origine des troubles durables que nous constatons dans notre communauté est clairement identifiée : origine professionnelle et multifactorielle (surcharge + actes de malveillance + anxiété liée à l’incertitude professionnelle), maladie de l’épuisement non diagnostiquée, confondue avec une dépression et/ou aboutissant à une dépression en l’absence de soins adaptés.


« Sur un plan psychique, les RPS peuvent conduire à un état de stress post-traumatique (…) ».

C’est « qui-vous-savez », qui, s’enflammant pour la reconnaissance du burnout comme maladie professionnelle, a eu l’idée de s’appuyer sur l’ESPT, repris depuis dans la presse. Le « burnout » n’étant pas reconnu comme une maladie officielle, on se raccroche aux branches et on pioche dans le DSM-5, Manuel de diagnostic et statistiques des troubles mentaux (Association Américaine de Psychiatrie – APP) pour faire passer le dossier en force, sans considération aucune pour les malades.

Pour information, l’ESPT fait effectivement l’objet d’un diagnostic précis et très élaboré, qui se doit d’être posé uniquement par des professionnels de santé.

AFBO-Catastrophe naturelleIl est important de signaler que la littérature médicale indique que les personnes souffrant d’ESPT ont été exposées à des évènements particulièrement traumatisants tels que torture, attentat, viol, désastre naturel pour n’en citer que quelques uns.

La violence au travail existe mais possédons-nous des études fiables prouvant que ces salariés sont atteints d’ESPT ?

Quant au manuel de psychiatrie, il s’est enrichi au fil des ans de nouvelles classifications, cette multiplication de troubles donnant lieu à autant de traitements associés (à titre d’exemple : la vieillesse a fait son entrée au DSM-5 pour troubles cognitifs mineurs).

Plus proche de notre préoccupation et pour vous dire à quel point il est urgent que la médecine et la science s’intéressent à notre maladie : pour le DSM-5, une tristesse supérieure à 15 jours et consécutive au décès d’un proche est considérée comme un deuil pathologique susceptible d’être traité par la prescription d’antidépresseurs (1).

Sans commentaires.


« Mais la santé mentale ne se matérialise pas aussi facilement que la santé physique, et souvent le dommage n’apparait que lorsque le risque est réalisé ».

C’est un spécialiste du droit de la santé au travail qui témoigne.

AFBO-Medical researchCette phrase résume à elle seule notre combat : faire intervenir la médecine et la recherche comme c’est déjà le cas pour d’autres syndromes et maladies aux contours flous. Je pense aux malades EHS (électro-hyper sensibles) qui bénéficient de consultations spécifiques, à la maladie de Lyme (très physique mais dont certains symptômes sont proches de la dépression) étudiée par l’Institut national de recherche agronomique.

Les experts non-soignants défilent dans les médias pour affirmer que « le phénomène ne cesse de s’aggraver » et pour faire la promotion de leurs activités. Je suis pragmatique et orientée résultats : si une méthode ne marche pas, il faut passer à autre chose.

Le « burnout » est une maladie du stress, une pathologie tout à fait mesurable, maîtrisées par des médecins spécialistes qui connaissent très bien les premiers symptômes, les procédures de diagnostic et l’impact sur la santé physique, particulièrement sur le système endocrinien.

Notre proposition : encourager les études scientifiques, partir de l’origine du mal et suivre ces salariés dans le cadre de protocoles de recherches puisque les conséquences du stress sur la santé physique (mécanisme physiologique et réactionnel) me semblent minimisées.

AFBO-Physical stressLe « burnout » est aussi un processus susceptible d’aboutir à un effondrement qui se déclenche des années après l’apparition des premiers symptômes (2 ans dans mon cas, sans aucun diagnostic précis malgré les nombreuses consultations). La recherche médicale permettrait un repérage précoce du syndrome ainsi qu’un diagnostic différentiel entre le « burnout » et d’autres troubles mentaux ou du comportement.

Des risques aux troubles, il manque surtout une étape fondamentale, celle de la médecine et de la science, pour mettre fin à l’instrumentalisation et prouver enfin la causalité incontestable entre maladie et travail.

Comme d’habitude, n’hésitez pas à réagir : contact.

Encore une fois, merci à tous pour vos soutiens et vos témoignages, merci à nos followers sur Twitter (@AssoBurnOut).

Auteur : Léa Riposa
Publié le 6 septembre 2015.
Mis à jour (page Contact) le 29 octobre 2018.

 

(1) La revue est excellente et l’entreprise, qui peut être qualifiée de sociale et solidaire, est dirigée par un homme qui consacre sa vie aux autres, pour cette fois, je ne me focaliserai donc que sur ce numéro sans la citer.
(2) Source : La santé mentale, Vers un bonheur sous contrôle, de Mathieu Bellahsen – La Fabrique éditions