Burnout ou pas ?

AFBO-EffondrementIl y aurait plusieurs milliers de salariés en état de « burnout » en France. Comme je l’ai déjà indiqué dans cet espace, l’étude en question est loin d’être fiable (1) et je suis même convaincue que le « burnout » est marginal.

En revanche, force est de constater que la souffrance au travail est réelle et le spectre de l’épuisement professionnel qu’elle génère est très vaste. Voilà pourquoi, au risque de lasser nos lecteurs, je continuerai de marteler la nécessite d’impliquer la médecine. Explications et partage d’expérience.

L’errance diagnostique

On parle d’errance diagnostique quand une maladie ne fait pas l’objet de définition officielle (2), pour des raisons diverses (souvent lorsqu’il s’agit d’une maladie rare) ou lorsqu’il y a retard de diagnostic.

Dans le cas de l’épuisement professionnel, on ne peut bien évidemment pas parlé de maladie rare mais plutôt d’une maladie difficile à diagnostique puisque, malgré les nombreux cas, aucune étude (médicale, épidémiologique) n’a été menée (rendez-vous sur cette page en comprendre les raisons).

Absence de prise en charge
Ne pas mettre un nom sur la maladie n’est pas anodin. Dans le cas du « burnout », cette méconnaissance de la maladie a des conséquences sont multiples :
manque de formation des médecins et des médecins du travail,
– absence ou retard de prise en charge médicale adaptée,
– confusion avec la dépression,
– psychiatrisation facile,
– par conséquent, doutes sur le lien entre la maladie et le travail habituellement exercé,
difficile retour à l’emploi, en raison des longs arrêts maladie (qui auraient été évités par un diagnostic précoce) et des effets secondaires de traitements inappropriés.

Bilan des connaissances
Les squatteurs du « burnout » ont répandu sur tous les médias des commentaires qui ont parasité notre discours et retardé notre combat. Ces experts auto-proclamés défendent surtout leur corporation, gourmande de souffrance au travail.

AFBO-DiagnosticPendant ce temps, nous avons interrogé quelques médecins experts qui, dans l’ombre, déontologie oblige, se gardent bien de toute démarche mercantile. De loin, l’un d’entre eux m’a confié une littérature intéressante sur les recherches menées dans le monde afin de comprendre la maladie et la prévenir.

Le moment venu, nous communiquerons ces informations mais pour l’heure, sachez seulement que de sérieux espoirs subsistent en faveur d’un diagnostic médical précoce.

Burnout ou pas ?
Lorsqu’on est passé par là, on n’oublie pas. Un « burnout » n’est pas une grosse fatigue mais une véritable déflagration. En candide, en tant que simple ancien malade, je sais à quel point le « burnout » est un processus de dégradation autant qu’un état de santé à l’instant « t », d’où la difficulté de diagnostic et de prise en charge. Comment le corps réagit-il à telle ou telle phase ? Comment déceler le stade d’avancement de façon précise ?

Je me souviens des symptômes très physiques qui ont duré près de 2 ans et la ronde des médecins qui ne cherchaient pas « au bon endroit ».  Je retrouve les mêmes signes d’alerte chez de nombreux de nos témoins.

Parfois j’ai un doute (mais après tout qui suis-je pour avoir un doute ?). Que penser d’une salariée, en proie à une anxiété et à un désarroi bien légitimes (suite des actes de malveillance répétés), qui m’écrit avoir démarré de nouvelles études supérieures, deux semaines seulement après avoir quitté son ancien employeur.

S’agit-il d’un « burnout » détecté à temps (3 mois d’arrêt de travail) ou bien d’une anxiété extrême qui a pris naturellement fin avec un repos justifié, la fin d’un contrat de travail toxique, une forme de reconnaissance (l’employeur, reconnaissant sa responsabilité a préféré négocier un départ) et la perspective d’une nouvelle vie professionnelle ?

Quoi qu’il en soit, cette salariée a eu le courage de refuser les antidépresseurs d’emblée et a démontré une volonté qui est celle de nombreuses personnes touchées par le « burnout » (elles ont la volonté, des projets mais le corps épuisé ne suit plus), quand une personne dépressive ne peut plus compter sur lui-même pour agir et avancer.
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Merci à tous !

Auteur : Léa Riposa
Publié le 19 juin 2016.

 

(1) : Etude menée par un cabinet très médiatisé, spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux ; ces chiffres sont une extrapolation basée sur un échantillon de 1 000 personnes.
(2) : Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, 10ème révision, connue sous le nom « CIM-10 » ou en anglais « ICD-10 », publiée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).